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Un ex-flic de Los Angeles écope de la perpétuité pour un braquage crypto à 350 000 dollars

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Il a porté l’uniforme pendant treize ans. Puis il l’a réutilisé — faux, cette fois — pour braquer un adolescent de 17 ans en pleine rue de Koreatown, à Los Angeles. Eric Halem, ancien agent du Los Angeles Police Department, vient d’être condamné à la perpétuité assortie de quinze ans supplémentaires. Le butin ? Un disque dur donnant accès à environ 350 000 dollars en bitcoins.

L’histoire a des airs de scénario hollywoodien. Elle est pourtant bien réelle, et elle illustre une tendance de fond qui inquiète tous ceux qui détiennent des cryptomonnaies : les voleurs ne se cachent plus derrière un écran. Ils frappent à la porte.

Un uniforme volé, un braquage millimétré

Le 28 décembre 2024, la scène se déroule dans Koreatown, quartier animé du centre de Los Angeles. Halem et ses complices portent de faux gilets de police. L’idée est simple et redoutable : personne ne résiste à des hommes qui semblent incarner l’autorité. La victime, un adolescent de 17 ans, est contrainte de remettre le disque dur qui protégeait ses actifs numériques.

Ce qui rend l’affaire glaçante, c’est le degré de préparation. Selon les éléments présentés au procès, un complice avait fourni le code d’accès. Autrement dit, les braqueurs savaient exactement quoi chercher et où frapper. Ce n’était pas un coup de chance. C’était une opération ciblée, montée par quelqu’un qui connaissait les rouages du système — et pour cause.

Un ancien policier sait comment se déroule une interpellation. Il connaît les gestes, le ton, la posture. Il sait aussi, mieux que quiconque, ce qui trahit un faux agent. Halem a retourné ses treize années d’expérience contre la loi qu’il avait juré de faire respecter. Il faut le dire : peu de trahisons paraissent aussi complètes.

La justice ferme la porte à un nouveau procès

La défense avait tenté de rejouer la partie en déposant une demande de nouveau procès. La juge Mildred Escobedo l’a rejetée, puis a prononcé deux peines de perpétuité concurrentes — l’une pour enlèvement, l’autre pour vol. La condamnation totale s’établit à la perpétuité plus quinze ans.

Et l’affaire est loin d’être close pour Halem. Trois co-accusés attendent encore leur procès. Lui-même reste poursuivi pour fraude à l’assurance ainsi que pour un second braquage crypto présumé. Le portrait qui se dessine n’est plus celui d’un dérapage isolé, mais d’une possible série organisée.

Cette sévérité judiciaire mérite qu’on s’y arrête. La perpétuité pour un vol de 350 000 dollars peut sembler lourde. Mais la justice californienne n’a pas puni un simple larcin : elle a sanctionné un enlèvement avec usurpation de l’autorité publique, commis par celui-là même qui l’incarnait. Le message envoyé est clair. Un ripou qui monnaie son savoir-faire dans le crime paie le prix fort.

La menace physique, angle mort de la sécurité crypto

Le cas Halem s’inscrit dans un phénomène désormais documenté : ce qu’on appelle les « attaques à la clé à molette » — wrench attacks, en anglais. Le nom vient d’une célèbre bande dessinée en ligne qui résumait tout : pourquoi s’échiner à casser un chiffrement de 256 bits quand une menace physique suffit à faire parler la victime ?

Les chiffres donnent la mesure du problème. Selon la société de cybersécurité CertiK, 52 attaques de ce type ont été vérifiées au premier semestre 2026, pour une exposition financière de 124,1 millions de dollars. Ce ne sont plus des faits divers marginaux. C’est une catégorie de risque à part entière, qui vise directement les personnes plutôt que les protocoles.

Et c’est là que le paradoxe de la cryptomonnaie éclate au grand jour. La technologie promettait la souveraineté : « soyez votre propre banque ». Slogan séduisant. Mais une banque, elle, dispose de coffres blindés, d’assurances, de gardes armés. Le particulier qui détient ses clés privées sur un disque dur, lui, n’a que son salon et sa serrure. La responsabilité totale a un revers : la vulnérabilité totale.

Le problème dépasse largement les frontières américaines. En France, plusieurs affaires d’enlèvements liés aux cryptomonnaies ont défrayé la chronique ces derniers mois, certaines particulièrement violentes. Dans les pays du Maghreb, où l’adoption des cryptos progresse souvent en marge des circuits bancaires officiels, la question de la sécurité physique se pose avec la même acuité — voire davantage, faute de recours institutionnels bien établis.

Ce que cette affaire dit à ceux qui détiennent des cryptos

Sans donner le moindre conseil d’investissement, l’affaire Halem rappelle une vérité inconfortable. La sécurité d’un portefeuille ne se résume pas à la robustesse du chiffrement ou à la qualité d’un portefeuille matériel. La discrétion compte autant que la technique.

Étaler sa fortune numérique sur les réseaux sociaux, se vanter de ses gains, laisser filtrer des informations sur ses avoirs : voilà autant de signaux qui peuvent attirer l’attention des mauvaises personnes. Dans le cas de Koreatown, un complice connaissait le code d’accès. L’information avait fuité quelque part. C’est souvent par là que tout commence.

La détention de cryptomonnaies comporte des risques que peu d’utilisateurs anticipent — et le risque physique en fait partie, au même titre que la volatilité des cours ou les failles techniques. L’histoire d’Eric Halem restera comme un rappel brutal : parfois, la menace ne vient pas d’un pirate anonyme à l’autre bout du monde, mais d’un homme en uniforme qui frappe à votre porte.

Jean Claude Convenant