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Hausse des salaires de 53 % en Algérie : la promesse de Tebboune inscrite noir sur blanc dans le budget 2027

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Une promesse budgétaire vaut ce que vaut la ligne qui l’inscrit dans un texte officiel. En Algérie, cette ligne existe désormais. Dimanche, en Conseil des ministres, le projet de Loi de finances 2027 a été adopté sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune. Et avec lui, une mesure que des millions de salariés attendaient de voir noir sur blanc : la hausse de 53 % des salaires, promise de longue date, entre dans le budget de l’État.

Le communiqué de la Présidence est clair. Le chef de l’État a « ordonné l’inclusion des augmentations de salaires » dans le PLF 2027, en invoquant ses « engagements envers les Algériennes et les Algériens ». La formule a son importance : il ne s’agit plus d’une annonce lancée dans un discours, mais d’un arbitrage inscrit dans le document qui conditionnera les dépenses publiques de l’année prochaine.

53 %, mais pas forcément en une fois

Le pourcentage n’est pas nouveau. Tebboune l’a rappelé lui-même samedi soir, lors de son entrevue périodique avec les médias nationaux : « Je me suis engagé à parachever l’augmentation de 53 % des salaires et je réitère cet engagement. » Le mot à retenir ici est « parachever ». L’augmentation s’étale en réalité depuis plusieurs années ; le budget 2027 doit en constituer la dernière marche.

Reste la question du calendrier, et le président l’a posée sans détour. Le versement interviendra « à partir de l’année 2027 ». Mais sous une réserve explicite : « Si les conditions le permettent, cette mesure sera appliquée en une seule tranche, dans le cas contraire, elle se concrétisera en deux tranches. » Traduction : l’État garde une porte de sortie. Une seule tranche si les finances publiques le supportent, deux si la conjoncture se tend.

Cette prudence n’a rien d’anodin. Le budget algérien reste largement adossé aux recettes des hydrocarbures, c’est-à-dire aux cours du pétrole et du gaz. Quand le baril monte, les marges de manœuvre s’élargissent. Quand il recule, les arbitrages se durcissent. Promettre une revalorisation « en une seule tranche, si les conditions le permettent », c’est reconnaître, en creux, que le calendrier dépendra de facteurs que personne à Alger ne maîtrise totalement.

Protéger le pouvoir d’achat, sans nouvelle taxe

L’autre consigne présidentielle vise directement le portefeuille des ménages. Tebboune a ordonné de « ne pas inclure de taxe susceptible de porter atteinte au pouvoir d’achat des citoyens, qu’il s’agisse de la classe moyenne ou des personnes à revenus limités ». La logique se tient : à quoi bon augmenter les salaires d’une main si l’on reprend de l’autre par la fiscalité ?

Cette double orientation — hausse des rémunérations et refus de nouvelles taxes sur la consommation — dessine un budget pensé pour le soutien de la demande intérieure. C’est un choix politique assumé. Il mise sur le pouvoir d’achat comme amortisseur social, dans un pays où l’inflation des dernières années a pesé sur le quotidien, en particulier sur les produits alimentaires et importés.

Il faut le dire : tenir les deux promesses en même temps n’a rien d’évident sur le plan comptable. Revaloriser massivement la masse salariale publique tout en renonçant à de nouvelles recettes fiscales suppose soit des rentrées d’hydrocarbures solides, soit un recours accru au déficit. L’équation budgétaire se jouera donc largement en dehors de la volonté politique, sur les marchés de l’énergie.

Ce que le texte signifie vraiment

Revenons au calendrier institutionnel, car il éclaire la portée de l’annonce. L’avant-projet avait été examiné par le gouvernement lors de sa réunion hebdomadaire du mercredi 30 septembre, qui en a dévoilé les grands axes. L’adoption de dimanche en Conseil des ministres franchit une étape supplémentaire. Le texte doit encore suivre son parcours parlementaire avant de devenir loi, mais l’arbitrage sur les salaires, lui, est désormais acté au plus haut niveau de l’exécutif.

Pour les salariés concernés, l’enjeu concret tient en quelques mots : combien, et quand. Le « combien » est fixé — parachever les 53 %. Le « quand » reste conditionnel. Un versement intégral en 2027 ou un étalement sur deux tranches ne produit pas le même effet sur un budget familial. La différence, pour un foyer à revenu modeste, peut représenter plusieurs mois de respiration financière.

Au-delà des chiffres, cette séquence illustre une tendance de fond de la politique économique algérienne : l’État social reste au cœur du contrat passé avec la population. Les subventions, les augmentations de salaires, le refus affiché de taxer la consommation s’inscrivent dans une même logique de redistribution adossée à la rente énergétique. C’est à la fois une force — un filet de sécurité réel — et une fragilité, tant que la diversification de l’économie demeure un chantier plus qu’une réalité.

La vraie épreuve viendra donc dans l’exécution. Inscrire une hausse dans un budget est une chose ; la financer sur la durée en est une autre. Les lecteurs attentifs retiendront que le président a lui-même posé la condition : « si les conditions le permettent ». Tout est dans cette nuance. Le reste se lira dans les cours du pétrole, les recettes publiques et, in fine, sur les fiches de paie de 2027.

Jean Claude Convenant