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Chocolat, huile d’olive, biscuits : l’Algérie engrange 4 milliards hors pétrole, mais l’argent rentre-t-il vraiment ?
Marché Maghreb

Chocolat, huile d’olive, biscuits : l’Algérie engrange 4 milliards hors pétrole, mais l’argent rentre-t-il vraiment ?

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Du chocolat algérien dans les rayons étrangers. De l’huile d’olive d’ici jusque sur les tables premium à l’international. Des biscuits qui, il y a peu encore, s’importaient par wagons entiers. Le tableau que dresse le ministère du Commerce extérieur a de quoi surprendre ceux qui réduisent encore l’économie algérienne au seul robinet des hydrocarbures.

Ce dimanche 18 octobre, Zohir Moussaoui, directeur central au ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, a lâché le chiffre au micro de la Chaîne Une de la Radio algérienne : les exportations hors hydrocarbures ont atteint quatre milliards de dollars sur les huit premiers mois de 2026, en progression de 10 %. L’objectif affiché pour l’ensemble de l’année ? Cinq milliards.

Un virage agroalimentaire qui se confirme

Ce qui frappe, dans le détail livré par M. Moussaoui, c’est la montée en puissance de l’agroalimentaire. À lui seul, ce segment a généré 213 millions de dollars de produits alimentaires exportés entre janvier et août 2026, soit une hausse de 15 % sur un an. Chocolat, huile d’olive, biscuits, fromages, conserves, margarine, sauces, épices : la liste ressemble davantage à l’inventaire d’une épicerie fine qu’à celui d’un pays rentier.

L’exemple des biscuits est parlant. Le responsable a rappelé que l’Algérie importait auparavant pour 28 millions de dollars de biscuits. Depuis, le marché local a vu émerger une multitude de marques nationales, et le pays est passé du statut d’acheteur à celui de vendeur. C’est exactement le genre de bascule qu’un État cherche quand il veut sortir de la dépendance au pétrole : non pas un coup d’éclat ponctuel, mais une filière qui gagne d’abord son marché intérieur avant d’aller frapper aux portes étrangères.

Il faut le dire, ces montants restent modestes à l’échelle d’une économie de la taille de l’Algérie. Mais la trajectoire compte autant que le niveau. Pendant des décennies, le discours sur la diversification est resté un vœu pieux, répété à chaque loi de finances sans jamais se traduire dans les chiffres de la balance commerciale. Voir l’agroalimentaire progresser plus vite que la moyenne, c’est un signal que la machine productive bouge réellement.

Le vrai sujet : où passe l’argent ?

Reste une ombre au tableau, et elle est de taille. Mercredi dernier, le président Abdelmadjid Tebboune a tenu des propos qui en disent long sur les limites de l’exercice. « Il y a un dysfonctionnement. Il y a de l’exportation, mais le rapatriement des devises est faible », a-t-il déclaré, mettant en garde les exportateurs qui ne ramènent pas la totalité de leurs recettes en devises sur le sol national.

Voilà le nerf de la guerre. Exporter, c’est bien. Récupérer effectivement les dollars et les euros correspondants dans les comptes du pays, c’est autre chose. La réglementation algérienne impose en principe le rapatriement des devises issues des exportations, mais la pratique montre que des sommes restent parfois à l’étranger, sous-facturées ou simplement non rapatriées. Pour un pays qui compte ses réserves de change avec attention, le manque à gagner n’est pas symbolique.

Cette tension entre volonté de pousser les exportations et crainte de voir les devises s’évaporer n’est pas propre à l’Algérie. On la retrouve dans plusieurs économies de la région, du Maghreb à l’Afrique subsaharienne, où le contrôle des changes cohabite mal avec l’ambition d’exportateurs privés de plus en plus actifs. Trop de contrôle décourage l’export ; trop de laxisme laisse filer les recettes. L’équilibre est délicat, et les déclarations présidentielles trahissent une impatience qui se comprend.

Le pétrole garde la main

Un chiffre remet tout cela en perspective. Sur la même période ou presque, les exportations d’hydrocarbures ont atteint 37,5 milliards de dollars entre janvier et septembre 2026, selon le ministre de l’Énergie Mohamed Arkab. Faites le calcul : le hors-hydrocarbures pèse environ un dixième des recettes pétrolières et gazières.

Autrement dit, la diversification avance, mais elle part de très loin. Les quatre milliards hors pétrole, aussi encourageants soient-ils, ne pèsent pas lourd face aux trente-sept milliards du secteur énergétique. Tant que cet écart demeure, le budget algérien restera suspendu aux cours du Brent et aux contrats gaziers avec l’Europe. C’est une vulnérabilité connue, et les cinq milliards visés pour fin 2026 ne la feront pas disparaître.

Pour autant, méfions-nous du réflexe qui consiste à minimiser systématiquement ces progrès. Une filière agroalimentaire qui s’exporte crée des emplois, fixe de la valeur ajoutée sur le territoire et habitue les producteurs aux exigences des marchés étrangers — normes sanitaires, régularité, qualité. Ce sont des apprentissages qui ne se décrètent pas. L’huile d’olive algérienne qui vise le segment premium à l’international n’en est qu’une illustration parmi d’autres.

L’enjeu des prochains mois tiendra donc en deux mouvements parallèles. D’un côté, continuer à élargir la base exportatrice au-delà de l’agroalimentaire, vers l’industrie, les matériaux ou les services, pour que les cinq milliards de 2026 ne soient pas un plafond. De l’autre, régler ce fameux problème de rapatriement, faute de quoi les exportations resteront un indicateur flatteur sans retombée pleine pour l’économie nationale. Les chiffres racontent une histoire de progrès ; le discours présidentiel rappelle qu’elle n’est pas encore terminée.

Jean Claude Convenant