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Gaz algérien : 134 milliards de m³ en 2025, le pari de Tebboune se concrétise
Marché Maghreb

Gaz algérien : 134 milliards de m³ en 2025, le pari de Tebboune se concrétise

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

En 2022, Abdelmadjid Tebboune lançait un défi qui tenait presque de la promesse électorale : doubler la production de gaz algérien. Trois ans plus tard, le compteur affiche 134,3 milliards de mètres cubes. L’objectif n’est pas atteint — pas encore — mais la trajectoire, elle, ne laisse plus beaucoup de place au doute.

Le chiffre figure dans le bilan 2025 de Sonatrach, rendu public récemment. Et il mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il raconte bien plus qu’une performance industrielle. Il dit quelque chose de la place que l’Algérie entend occuper sur l’échiquier énergétique méditerranéen, à un moment où l’Europe cherche désespérément des alternatives au gaz russe.

Un tiers de production en plus en trois ans

Reprenons les faits. En 2022, l’Algérie produisait un peu plus de 100 milliards de mètres cubes de gaz. En 2024, elle était passée à 127,9 milliards. Et en 2025, la barre des 134 milliards est franchie. Soit une progression d’environ un tiers en l’espace de trois ans. Dans l’industrie gazière, où les projets se comptent en décennies et où chaque gisement demande des années de forage avant de cracher le moindre mètre cube, c’est tout sauf anecdotique.

La production primaire totale d’hydrocarbures du groupe atteint 193,7 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP). Le détail est éloquent : 47,5 millions de tonnes de pétrole brut, 8,3 millions de tonnes de condensats, 8,7 millions de tonnes de GPL. Mais c’est bien le gaz naturel qui tire l’ensemble, et de loin.

Le calcul de Tebboune était simple sur le papier : produire deux fois plus pour en exporter la moitié et réserver l’autre à un marché intérieur dont les besoins ne cessent de gonfler. Car il faut le dire, on oublie souvent cette contrainte quand on parle du gaz algérien vu depuis l’Europe : l’Algérie consomme elle-même une part croissante de sa production. Électricité, industrie, usages domestiques — la demande locale grimpe, portée par la démographie et par des tarifs subventionnés qui n’incitent guère à l’économie.

L’Europe frappe à la porte

Le timing, lui, est presque trop beau. Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022 et la coupure progressive des approvisionnements russes, les capitales européennes ont multiplié les pèlerinages à Alger. L’Italie de Giorgia Meloni en tête, mais aussi l’Espagne, dont le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares s’est déplacé. On se souvient de cette expression qui circulait alors : la « ruée sur le gaz algérien ».

Sonatrach le sait et joue la carte à fond. Dans son bilan, le groupe met en avant ses « atouts majeurs » : une présence sur tous les segments de la chaîne gazière, des infrastructures de transport flexibles — comprenez les gazoducs vers l’Espagne et l’Italie — et surtout une proximité géographique avec le continent européen que ni le Qatar ni les États-Unis ne peuvent revendiquer. Quand on parle de GNL transporté par méthanier depuis le golfe du Mexique, chaque jour de traversée compte. L’Algérie, elle, est à quelques heures de navigation des côtes italiennes.

Plus intéressant encore : l’évolution de la stratégie commerciale. Historiquement, le gaz algérien se vendait sur des contrats de très long terme, verrouillés sur quinze ou vingt ans. Sonatrach explique avoir « progressivement développé des contrats à moyen et à court terme ». Traduction : l’entreprise veut profiter des pics de prix sur les marchés spot, ces marchés où le gaz se négocie au jour le jour et où les cours peuvent s’envoler. Une approche plus opportuniste, plus réactive, qui tranche avec la prudence contractuelle d’autrefois.

Un record qui masque un bénéfice en chute

Voilà pour la bonne nouvelle. Reste qu’un record de production ne dit rien, à lui seul, de la santé financière d’une entreprise. Et sur ce point, le bilan 2025 est plus nuancé : selon Sonatrach, les investissements sont en hausse mais le bénéfice, lui, plonge.

Rien de mystérieux à cela. Produire plus coûte plus cher — nouveaux gisements, forages complexes, maintenance d’un réseau vieillissant. Et si les volumes augmentent, les prix du gaz, eux, sont redescendus de leurs sommets de 2022-2023. L’euphorie post-guerre en Ukraine a laissé place à des cours plus sages. Vendre davantage de mètres cubes moins chers, cela peut parfaitement se traduire par des marges rognées.

C’est un rappel utile pour qui observe ces chiffres depuis la France, la Belgique ou le Maghreb : la production record est un indicateur de puissance, pas de rentabilité. Les deux ne vont pas toujours de pair.

Que retenir ? L’Algérie s’affirme comme l’un des principaux fournisseurs de gaz naturel et de GNL du bassin méditerranéen, premier partenaire gazier de l’Espagne et de l’Italie, exportateur de GNL vers la Turquie et la Grèce. Pour l’Europe, c’est une bouffée d’oxygène dans une diversification énergétique encore fragile. Pour l’Algérie, c’est une rente consolidée mais dont la durabilité dépendra de deux inconnues : sa capacité à contenir sa propre consommation intérieure, et la vitesse à laquelle le continent européen basculera vraiment vers les renouvelables. Car le gaz, aussi stratégique soit-il aujourd’hui, reste une énergie que l’on a décidé de laisser derrière soi. Le compte à rebours a commencé.

Jean Claude Convenant