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Qui pour remplacer Christine Lagarde à la BCE ? La bataille feutrée qui s’ouvre à Francfort
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Qui pour remplacer Christine Lagarde à la BCE ? La bataille feutrée qui s’ouvre à Francfort

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Le 7 février. Une date qui, d’ici là, va alimenter bien des conversations dans les couloirs de Francfort et les chancelleries européennes. C’est le jour où Christine Lagarde quittera la présidence de la Banque centrale européenne, selon les informations relayées par Les Echos. Et comme souvent avec les grandes institutions de l’Union, ce qui ressemble à une passation protocolaire cache en réalité une partie d’échecs politique où chaque capitale avance ses pions.

Un siège qui ne se gagne pas sur un CV

Deux candidats se disputent aujourd’hui le fauteuil de la Française. Mais réduire cette course à une compétition de compétences serait méconnaître la mécanique européenne. À la BCE, on ne devient pas président parce qu’on est le meilleur économiste de la salle. On le devient parce que les équilibres entre États membres l’exigent.

Il faut le rappeler : la présidence de la banque centrale s’inscrit dans un grand marchandage institutionnel. Quand un pays obtient la tête de la Commission, un autre réclame la BCE, un troisième le Conseil européen. Rien n’est jamais isolé. La nomination du successeur de Christine Lagarde se négociera donc en regardant qui occupe déjà quoi, et qui attend son tour. C’est inélégant à dire, mais c’est la réalité du fonctionnement bruxellois et francfortois.

Souvenons-nous de 2019. Christine Lagarde elle-même n’était pas la candidate la plus évidente sur le papier — elle venait du FMI, pas d’une banque centrale, et son profil de juriste et de politique détonnait face aux banquiers centraux traditionnels. Sa nomination avait été le fruit d’un compromis global, au terme duquel Ursula von der Leyen prenait la Commission. Le passé éclaire souvent le présent.

Pourquoi cette succession compte pour votre portefeuille

On pourrait croire que ces tractations ne concernent que les initiés. Erreur. Le président de la BCE préside le Conseil des gouverneurs, l’instance qui fixe les taux directeurs de la zone euro. Autrement dit, la personne qui succédera à Christine Lagarde influencera directement le coût de votre crédit immobilier, la rémunération de votre épargne et, plus largement, la trajectoire de l’inflation que nous subissons tous.

Le mandat de Christine Lagarde aura été marqué par des années hors norme. L’explosion de l’inflation post-pandémie, la guerre en Ukraine, puis le cycle de resserrement monétaire le plus brutal de l’histoire de la jeune institution. Son successeur héritera d’une zone euro qui respire un peu mieux côté prix, mais qui reste fragile sur le plan de la croissance. Les arbitrages à venir — faut-il continuer d’assouplir, à quel rythme, jusqu’où ? — pèseront lourd.

C’est là que le profil du futur président prend toute son importance. Un « faucon », partisan de la fermeté monétaire, ne pilotera pas la même politique qu’une « colombe » plus soucieuse de soutenir l’activité. Pour un ménage belge qui veut emprunter, pour un épargnant suisse qui regarde les taux de la zone euro du coin de l’œil, ou pour un exportateur maghrébin dont une partie du commerce est libellée en euros, la nuance n’a rien d’académique.

L’indépendance, cette ligne rouge

Reste une question que ces tractations remettent sur la table : jusqu’où la politique peut-elle s’inviter dans la désignation d’une institution censée être indépendante ? La BCE tire toute sa crédibilité de son autonomie vis-à-vis des gouvernements. Les marchés lui font confiance précisément parce qu’elle n’est pas supposée obéir aux calculs électoraux de tel ou tel capitale.

Or, choisir son président reste un acte éminemment politique. Tout l’enjeu, pour les Vingt-Sept, consiste à trouver un équilibre : satisfaire les intérêts nationaux sans donner le sentiment que la banque centrale devient une monnaie d’échange comme une autre. Le dosage est délicat. Et les investisseurs, eux, observent. Un processus perçu comme trop politisé pourrait entamer la confiance dans la fermeté de l’institution face à l’inflation.

À notre avis, c’est le véritable test des prochaines semaines. Non pas tant de savoir lequel des deux candidats l’emportera, mais de vérifier que la zone euro reste capable de désigner un dirigeant crédible sans sacrifier ce qui fait sa force : une politique monétaire protégée des humeurs du moment.

Pour l’heure, les noms circulent, les téléphones chauffent, et personne ne se risque à un pronostic définitif. Christine Lagarde, elle, achève son mandat avec le sentiment d’avoir traversé des tempêtes que peu de banquiers centraux auront connues. Son héritage se jugera moins à son départ qu’à la manière dont son successeur gérera l’après. Rendez-vous le 7 février.

Cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue en aucun cas un conseil d’investissement. Les décisions de politique monétaire comportent des incertitudes et leurs effets sur les marchés restent imprévisibles.

Jean Claude Convenant