Aller au contenu
Actu
Faux policiers, vrais millions : comment un gang a siphonné 5,4 millions de dollars en crypto à LondresCelsius : comment 4,7 milliards de dollars ont disparu derrière un sloganÀ 95 ans, Warren Buffett admet son erreur sur Google — et mise 31 milliards dessusDeblock capte 100 millions de dollars : quand la DeFi double le rendement du Livret ABitcoin au second semestre : le marché retient son souffle avant le vrai testFaux policiers, vrais millions : comment un gang a siphonné 5,4 millions de dollars en crypto à LondresCelsius : comment 4,7 milliards de dollars ont disparu derrière un sloganÀ 95 ans, Warren Buffett admet son erreur sur Google — et mise 31 milliards dessusDeblock capte 100 millions de dollars : quand la DeFi double le rendement du Livret ABitcoin au second semestre : le marché retient son souffle avant le vrai test
Actualités Forex

À 95 ans, Warren Buffett admet son erreur sur Google — et mise 31 milliards dessus

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Il aura fallu attendre ses 95 ans pour l’entendre. Warren Buffett, l’homme qui a construit sa réputation sur la patience et la prudence, lâche une phrase qu’on ne l’entend presque jamais prononcer : « J’ai fait une erreur. » L’erreur en question ? Avoir ignoré Google pendant vingt ans. Et pour se racheter, l’Oracle d’Omaha n’y va pas à moitié : 31 milliards de dollars misés sur Alphabet, une position qu’il revendique personnellement.

Le mea culpa d’un homme qui déteste les technos

Ceux qui suivent Berkshire Hathaway le savent : Buffett a longtemps regardé la Silicon Valley avec un mélange de méfiance et d’incompréhension. Trop cher, trop imprévisible, trop éloigné de son terrain de jeu — les assurances, les chemins de fer, Coca-Cola. Il avait fini par céder sur Apple, devenu au fil des ans l’un des plus gros paris de sa carrière. Mais Google, lui, était resté sur le bord de la route.

Dans un entretien accordé à CNBC et à la journaliste Becky Quick, Buffett assume désormais ce virage. Et il insiste sur un point qui compte : c’est bien lui, et non Greg Abel, son successeur désigné à la tête du conglomérat, qui a initié cette position dans Alphabet. Autrement dit, ce n’est pas un pari de transition orchestré par la nouvelle garde. C’est la décision d’un investisseur qui, à un âge où beaucoup se contentent de gérer l’existant, reconnaît publiquement être passé à côté de l’une des plus grandes histoires boursières du siècle.

Ce qui a changé son regard ? Selon lui, Google n’est plus l’entreprise qu’il observait il y a deux décennies. La révolution de l’intelligence artificielle a transformé les géants du cloud en sociétés massivement capitalistiques. Traduction : des entreprises qui engloutissent des montagnes de capital pour construire des infrastructures physiques colossales. Or ça, Buffett connaît. C’est exactement le modèle de ses chemins de fer, ces actifs lourds, gourmands en investissements, mais quasi impossibles à concurrencer une fois installés.

Les hyperscalers, nouveaux chemins de fer ?

La comparaison mérite qu’on s’y arrête. Buffett détient depuis des décennies des lignes ferroviaires via BNSF. Un business ennuyeux, capitalistique, avec des barrières à l’entrée gigantesques — personne ne va reconstruire un réseau ferré parallèle. En rangeant les hyperscalers dans la même catégorie, Buffett suggère que les data centers et l’infrastructure IA d’Alphabet forment un fossé défensif comparable. Plus vous investissez, plus vous creusez l’écart avec la concurrence.

Les chiffres donnent le vertige. Alphabet prévoit jusqu’à 190 milliards de dollars de dépenses d’investissement pour l’IA en 2026. Cent quatre-vingt-dix milliards. C’est davantage que le produit intérieur brut de nombreux pays. Cette course à l’armement technologique sépare désormais brutalement les gagnants des perdants.

La démonstration par le contre-exemple, c’est IBM. Le vétéran de l’informatique a plongé de 25 % en une seule séance — sa pire chute depuis 1968. Presque soixante ans. Le message des marchés est limpide : dans cette nouvelle ère, il ne suffit plus d’avoir un nom et un héritage. Il faut peser dans la bataille du capital, ou disparaître de la conversation. Buffett, en misant sur Alphabet plutôt que sur les anciens champions, a manifestement choisi son camp.

397 milliards de cash, zéro bitcoin

Reste que ce revirement ne transforme pas Buffett en aventurier. Berkshire Hathaway reste assis sur une montagne de liquidités record : 397,4 milliards de dollars. Un trésor de guerre qui en dit long sur sa lecture du moment. Quand on garde autant de cash, c’est qu’on juge le reste du marché trop cher, ou qu’on attend patiemment la prochaine tempête pour acheter à prix cassé. La position sur Alphabet apparaît donc comme une exception soigneusement pesée, pas comme une conversion soudaine à l’euphorie technologique.

Et pour les lecteurs qui suivent l’actualité crypto, un détail savoureux : le bilan de Berkshire ne contient pas un seul bitcoin. Pas un satoshi. Buffett, qui a comparé par le passé la première des cryptomonnaies à de la « mort-aux-rats au carré », n’a jamais dévié de sa ligne. Résultat : l’entreprise aurait manqué environ 850 millions de dollars de gains potentiels sur le BTC. Sur un bilan de plusieurs centaines de milliards, c’est une goutte d’eau. Mais symboliquement, c’est parlant.

Car voilà tout le paradoxe de l’homme. Il reconnaît son erreur sur Google — un actif qu’il finit par comprendre à travers le prisme de ce qu’il maîtrise déjà, l’infrastructure lourde. Mais il refuse obstinément d’appliquer la même humilité au bitcoin, un actif qui échappe totalement à ses grilles de lecture. Cohérence ou aveuglement ? À chacun de trancher. Ce qui est certain, c’est que Buffett n’achète jamais ce qu’il ne comprend pas. Il aura fallu que l’IA rende Google « lisible » à ses yeux pour qu’il franchisse le pas.

Ce que cette leçon peut nous apprendre

Au-delà de l’anecdote, ce revirement rappelle une évidence souvent oubliée par les investisseurs particuliers : même les plus grands se trompent, et surtout, savent l’admettre. Reconnaître une erreur d’analyse, changer d’avis face à de nouveaux éléments, ce n’est pas de la faiblesse. C’est le contraire du dogmatisme qui ruine tant de portefeuilles.

Faut-il pour autant courir acheter Alphabet parce que Buffett l’a fait ? Certainement pas. Suivre aveuglément les positions d’un milliardaire, sans comprendre soi-même la thèse d’investissement, c’est exactement l’erreur que Buffett passe sa vie à éviter. Les marchés actions, comme les cryptos, comportent des risques réels de perte en capital, et le passé glorieux d’un investisseur ne garantit rien pour l’avenir. La vraie leçon de cet épisode n’est pas « achetez Google ». C’est : ne restez jamais prisonnier de vos certitudes.

Jean Claude Convenant