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Wall Street et les midterms : ce cycle de 4 ans qui inquiète les investisseurs pour 2026

Par Jean Claude Convenant 6 min de lecture

Il y a un chiffre que les stratèges de Wall Street ressortent tous les deux ans, comme une superstition qu’on n’ose pas prononcer trop fort. 1928. C’est l’année à partir de laquelle les statisticiens ont commencé à traquer un phénomène troublant : les étés qui précèdent les élections américaines de mi-mandat riment, année après année, avec des marchés fébriles. Et alors que le S&P 500 vient d’enchaîner sa plus longue série de semaines de hausse depuis 2023, la question revient hanter les salles de marché. 2026 sera-t-elle l’année où la mécanique se remet en marche ?

Un schéma vieux de près d’un siècle

Le cycle présidentiel américain dure quatre ans. À mi-parcours, les Américains retournent aux urnes pour renouveler la totalité de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Ce sont les fameux midterms. Et depuis 1928, une régularité statistique s’est imposée : la deuxième année d’un mandat présidentiel est historiquement la plus faible des quatre pour la Bourse américaine, avec un creux qui tombe généralement au cœur de l’été.

Pourquoi ce ventre mou ? L’explication tient moins à l’astrologie boursière qu’à un cocktail d’incertitude politique. Les marchés détestent une chose par-dessus tout : ne pas savoir. Or à l’approche des midterms, la composition du Congrès devient imprévisible. Une majorité qui bascule, c’est un programme législatif qui peut être bloqué, des budgets renégociés, des réformes fiscales suspendues. Les investisseurs, par prudence, allègent leurs positions et attendent que le brouillard se dissipe.

Il faut le dire clairement : une statistique n’est pas une prophétie. Le fait qu’un motif se répète depuis près d’un siècle ne garantit en rien qu’il se reproduira. Les moyennes historiques masquent des exercices très différents les uns des autres, et un seul choc exogène — une crise géopolitique, une décision surprise de la Réserve fédérale — peut faire voler en éclats le plus beau des cycles.

Le paradoxe d’un marché euphorique

Ce qui rend le sujet piquant en cette fin d’année, c’est le contraste. D’un côté, le calendrier annonce une période historiquement délicate. De l’autre, le S&P 500 affiche une forme insolente : sa plus longue séquence de semaines dans le vert depuis 2023. Deux signaux qui pointent dans des directions opposées.

Ce genre de dissonance mérite qu’on s’y arrête. Les longues séries haussières nourrissent la confiance, parfois jusqu’à l’excès. Plus un marché monte sans respirer, plus il devient sensible à la moindre mauvaise nouvelle, car les positions deviennent tendues et les valorisations élevées. Autrement dit, un indice qui vient de battre des records n’est pas forcément à l’abri d’une correction — il en serait plutôt un candidat mécanique, surtout si le calendrier des midterms venait ajouter une dose d’incertitude.

Faut-il pour autant courir vendre ? Certainement pas. L’histoire raconte aussi une seconde partie souvent oubliée : après le creux estival des années de mi-mandat, les douze mois qui suivent le scrutin ont historiquement compté parmi les meilleurs du cycle boursier américain. Une fois l’incertitude levée, une fois la nouvelle carte politique connue, les marchés ont tendance à rebondir avec vigueur. Le trou d’air, quand il survient, précède souvent une reprise.

Ce que ça change concrètement pour un épargnant francophone

À première vue, un investisseur à Paris, Bruxelles, Genève ou Casablanca pourrait se dire que ces histoires de Congrès américain ne le concernent pas. Erreur. Wall Street reste le poumon des marchés mondiaux. Quand le S&P 500 éternue, le CAC 40, le Bel 20, le SMI et la plupart des Bourses de la planète attrapent froid. Les ETF répliquant les indices américains figurent aujourd’hui dans une part croissante des portefeuilles européens et nord-africains, souvent via des enveloppes comme le PEA, l’assurance-vie ou des comptes-titres classiques.

Et il y a un point que les statistiques de Wall Street ne mesurent jamais pour un investisseur non-américain : l’effet de change. Un épargnant en euros ou en dirhams supporte à la fois le risque de marché et le risque dollar. Un repli du billet vert peut amputer la performance d’un placement pourtant en hausse en devise locale — ou, à l’inverse, amortir une baisse des indices. Ce paramètre, absent des belles moyennes historiques du S&P 500, pèse pourtant lourd dans la performance réelle.

La leçon la plus utile de ces cycles n’est peut-être pas de deviner le mois exact du creux, un exercice où même les professionnels échouent régulièrement. Elle est plutôt méthodologique : les marchés respirent, ils ne montent jamais en ligne droite, et les périodes de calendrier chargé en incertitude politique sont un bon rappel de la volatilité qui fait partie du jeu.

Prévisions ou illusions statistiques ?

Reste une question de fond, qu’il serait malhonnête d’esquiver. Un motif qui se répète depuis 1928 est-il une vraie loi de comportement, ou une coïncidence que notre cerveau, friand de récits, transforme en règle ? La finance regorge de « cycles » qui fonctionnent magnifiquement… jusqu’au jour où ils cessent de fonctionner. Le fameux « Sell in May and go away » en est l’illustration : parfois vérifié, souvent démenti.

Notre lecture, à LittleCreek, est prudente. Le lien entre incertitude électorale et fébrilité des marchés a une vraie logique économique, ce qui le rend plus crédible qu’une simple curiosité de calendrier. Mais 2026 arrivera avec ses propres variables : trajectoire de l’inflation, politique de la Fed, dette publique américaine, tensions commerciales. Autant de facteurs qui compteront probablement bien davantage que la date du prochain scrutin.

Un cycle historique n’est pas une boule de cristal. Il constitue au mieux un cadre de réflexion, un signal parmi des dizaines. Rappelons-le sans détour : investir en Bourse expose à un risque de perte en capital, et aucune moyenne des quatre-vingt-dix dernières années ne dispensera jamais de faire ses propres devoirs.

Jean Claude Convenant