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Alger-Tripoli à 53 527 dinars : Air Algérie rouvre une ligne fermée depuis la chute de Kadhafi
Marché Maghreb

Alger-Tripoli à 53 527 dinars : Air Algérie rouvre une ligne fermée depuis la chute de Kadhafi

Par Jean Claude Convenant • • 4 min de lecture

Dix ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour qu’un avion aux couleurs d’Air Algérie se repose sur le tarmac de Tripoli. La compagnie nationale algérienne a confirmé ce mercredi 30 septembre la reprise de ses liaisons vers la capitale libyenne, avec un premier vol programmé le 28 octobre. Les réservations sont déjà ouvertes. Derrière l’annonce, apparemment banale, se cache une page que l’Algérie referme : celle d’un voisin trop longtemps inaccessible.

Un retour qui en dit long sur la Libye

Air Algérie n’avait pas quitté Tripoli de gaieté de cœur. La compagnie avait suspendu ses dessertes après l’éclatement de la guerre civile libyenne, consécutive à la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Pendant une décennie, la Libye est restée un trou noir dans la carte aérienne du Maghreb : aéroports endommagés, autorités concurrentes, espace aérien incertain. Voler vers Tripoli n’avait plus rien d’évident.

Que la compagnie algérienne y revienne aujourd’hui n’est donc pas qu’une affaire de business. C’est un pari sur la stabilité relative retrouvée du pays, ou du moins sur une sécurité suffisante pour y faire atterrir des passagers réguliers. Il faut le dire : rouvrir une ligne vers un pays encore fragmenté politiquement, c’est envoyer un signal. Celui d’un voisinage qui tente de se reconnecter, à bas bruit, loin des grandes déclarations diplomatiques.

Pour les deux peuples, l’enjeu est concret. Des familles séparées, des commerçants, des travailleurs : la frontière terrestre algéro-libyenne, longue et difficile, n’a jamais remplacé une liaison aérienne directe. Alger-Tripoli, c’est un peu plus de deux heures de vol contre des journées de route à travers le désert.

Combien ça coûte, concrètement ?

Venons-en aux chiffres, puisque c’est souvent là que le voyageur décide. Air Algérie propose l’aller-retour Alger-Tripoli à partir de 53 527 dinars algériens. Dans le détail, l’aller simple démarre à 28 383 dinars, et le retour à 25 144 dinars. Le tarif inclut un bagage à main et un bagage en soute — un point qui a son importance à l’heure où de nombreuses compagnies facturent chaque kilo séparément.

Un bémol, cependant, qu’il faut avoir en tête avant de cliquer : le billet est modifiable, mais il n’est pas remboursable. Autrement dit, si votre projet tombe à l’eau, l’argent reste chez la compagnie. Pour une ligne qui redémarre tout juste, dans un contexte régional qui peut bouger vite, ce n’est pas un détail anodin. Mieux vaut réserver en étant à peu près sûr de son coup.

Rapporté au pouvoir d’achat algérien, ce tarif reste conséquent. Mais il positionne Tripoli comme une destination à nouveau « accessible », pour reprendre le mot employé par la compagnie sur sa page Facebook. Reste à voir si le remplissage suivra, ou si cette ligne restera, au moins au début, affaire de voyageurs d’affaires et de la diaspora.

La pièce d’un puzzle beaucoup plus grand

Tripoli n’arrive pas seul. Ces derniers mois, Air Algérie a enchaîné les annonces : lancement d’Alger-Berlin, reprise de la ligne vers Doha au Qatar, et une série de dessertes nouvelles en Afrique comme en Asie. On assiste à un redéploiement méthodique, qui mêle la relance de liaisons historiques — comme la Libye — et la conquête de marchés inédits.

L’objectif affiché est clair : faire de l’aéroport international d’Alger un véritable hub. Un point de passage entre l’Afrique, l’Asie, l’Amérique du Nord et l’Europe. L’idée n’est pas neuve dans la région — Royal Air Maroc a bâti Casablanca sur ce modèle, Turkish Airlines a fait d’Istanbul un carrefour planétaire — mais Air Algérie arrive avec un atout : une flotte en pleine modernisation, nourrie par des commandes d’Airbus et de Boeing flambant neufs.

Car on ne construit pas un hub avec de vieux appareils. La capacité à ouvrir des lignes comme Tripoli, Berlin ou Doha dépend directement du nombre d’avions disponibles et de leur fiabilité. Les nouvelles livraisons donnent à la compagnie la marge de manœuvre qui lui manquait pour multiplier les destinations sans fragiliser son réseau existant.

Reste la grande question : la demande suivra-t-elle l’ambition ? Bâtir un hub, c’est bien ; le remplir durablement, c’est autre chose. Istanbul et Dubaï ont réussi parce qu’ils captent un trafic de correspondance massif. Alger part de plus loin, avec une position géographique intéressante mais une concurrence féroce sur l’axe Europe-Afrique.

Pour l’heure, ce retour à Tripoli reste surtout une bonne nouvelle pour ceux qui attendaient, depuis dix ans, de pouvoir à nouveau traverser la Méditerranée du Sud sans détour. Le premier vol décolle le 28 octobre. On saura vite si les sièges se remplissent — et avec eux, l’avenir de cette ligne ressuscitée.

Jean Claude Convenant