Aller au contenu
Actu
Quand des IA se connectent toutes seules à vos comptes : la riposte des banques de Wall StreetTerres rares : pourquoi 1 kilo d’yttrium vaut 1.100 dollars hors de Chine et 9 à ShanghaiRSA dégressif puis supprimé après 5 ans : le pari à 8 milliards de Guillaume KasbarianLivret A : pourquoi septembre vide encore le bas de laine des FrançaisDes agents IA qui mendient pour survivre : la dérive inquiétante de la plateforme iLandsQuand des IA se connectent toutes seules à vos comptes : la riposte des banques de Wall StreetTerres rares : pourquoi 1 kilo d’yttrium vaut 1.100 dollars hors de Chine et 9 à ShanghaiRSA dégressif puis supprimé après 5 ans : le pari à 8 milliards de Guillaume KasbarianLivret A : pourquoi septembre vide encore le bas de laine des FrançaisDes agents IA qui mendient pour survivre : la dérive inquiétante de la plateforme iLands
Arzew, porte des hydrocarbures algériens, change de capitaine : ce que révèle ce remaniement
Marché Maghreb

Arzew, porte des hydrocarbures algériens, change de capitaine : ce que révèle ce remaniement

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Changer un homme à la tête d’un port, ce n’est pas qu’une signature administrative. Surtout quand ce port s’appelle Arzew. Ce jeudi 22 octobre, Riad Hedjal a été officiellement installé comme directeur général de l’Entreprise portuaire d’Arzew, succédant à Kaidari Bensalem. Le même jour, à l’autre bout de la côte oranaise, Aman Eddine Khaled Bouabida prenait les commandes de l’Entreprise portuaire de Ghazaouet.

Deux nominations, un seul message venu du ministère des Transports : il faut « insuffler une nouvelle dynamique » et « améliorer l’efficacité et la performance » de ces infrastructures. Formule classique. Mais le contexte, lui, l’est beaucoup moins.

Arzew, un port qui pèse lourd dans la balance commerciale

Pour comprendre l’enjeu, il faut regarder une carte. Arzew, située à une quarantaine de kilomètres à l’est d’Oran, n’est pas un port comme les autres. C’est l’une des plus importantes plateformes d’exportation d’hydrocarbures du pays. Gaz naturel liquéfié, GPL, produits raffinés : une part considérable de ce que l’Algérie vend au monde transite par ses quais.

Or les hydrocarbures restent le poumon budgétaire du pays. Ils représentent toujours l’essentiel des recettes en devises, même si Alger répète depuis des années sa volonté de diversifier. Dans ce cadre, placer la bonne personne à la tête d’Arzew n’a rien d’anodin. C’est confier les clés d’une caisse enregistreuse nationale.

Le port a d’ailleurs engagé ces dernières années des travaux d’extension d’une ampleur notable : 45 milliards de dinars, soit plusieurs centaines de millions d’euros, financés intégralement sur le budget propre de l’entreprise. Un détail qui mérite qu’on s’y arrête. Autofinancer une telle extension, sans recourir à une rallonge de l’État, signale une structure qui génère ses propres marges. Ce qui rend d’autant plus stratégique le choix de celui qui pilotera la suite.

60 milliards de dinars pour moderniser : la vraie toile de fond

Ces changements d’hommes ne tombent pas du ciel. Ils s’inscrivent dans un programme de modernisation d’envergure. Selon des déclarations récentes d’Ali Boularès, PDG du groupe des services portuaires Serport, une enveloppe de 60 milliards de dinars est dédiée à l’équipement et à la modernisation des ports algériens, au titre des exercices 2025 et 2026.

Soixante milliards de dinars. Mettez ce chiffre en perspective : c’est davantage que le coût total de l’extension d’Arzew. On parle donc d’un effort réparti sur l’ensemble du réseau portuaire national, dans un pays qui dépend massivement de la mer pour commercer. L’Algérie importe une grande partie de son alimentation, de ses intrants industriels et de ses biens d’équipement. Chaque jour de congestion portuaire, chaque grue à l’arrêt, chaque procédure trop lente se traduit en coûts supplémentaires qui finissent, d’une manière ou d’une autre, dans le prix payé par le consommateur.

Renouveler la direction au moment où ces budgets sont débloqués, c’est une logique assez limpide : on veut des gestionnaires capables d’exécuter ces plans, pas seulement de les administrer. Reste à voir si l’intention se transformera en résultats mesurables.

Des nominations à lire dans un mouvement plus large

Il faut le dire : la rotation des dirigeants dans les entreprises publiques algériennes est fréquente. Trop, diront certains. Un directeur a parfois à peine le temps de s’installer qu’il laisse déjà la place. Cette instabilité peut fragiliser la vision à long terme, celle précisément dont une infrastructure portuaire a besoin pour planifier ses investissements sur dix ou quinze ans.

Mais il y a une autre lecture. Depuis quelques mois, les autorités multiplient les signaux d’une volonté de rationaliser la gouvernance économique. L’Algérie s’est par exemple dotée d’un guichet unique de l’investissement doté d’un responsable au rang de ministre d’État. Elle a franchi, selon les chiffres officiels, le cap des 4 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures sur huit mois. Autant d’indices d’un pays qui cherche à professionnaliser sa machine administrative et à préparer l’après-pétrole.

Les ports sont au cœur de cette équation. Sans logistique fluide, pas d’exportation hors hydrocarbures digne de ce nom. Les produits agroalimentaires, les matériaux de construction, les dérivés chimiques que l’Algérie tente de vendre à l’étranger passent eux aussi par ces quais. Moderniser Arzew, Ghazaouet et les autres, c’est donc aussi parier sur cette diversification tant annoncée.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Les communiqués officiels se ressemblent toujours. « Nouvelle dynamique », « efficacité », « performance » : ces mots reviennent à chaque remaniement. Le véritable test viendra des chiffres. Temps d’attente des navires, volumes traités, délais de dédouanement, taux d’utilisation des nouveaux équipements financés par les 60 milliards de dinars annoncés.

Pour les observateurs de l’économie algérienne — comme pour les partenaires commerciaux du Maghreb et d’Europe qui dépendent de ces flux — ces indicateurs diront bien plus que n’importe quelle cérémonie d’installation. Un port performant attire les armateurs, réduit les coûts, fluidifie le commerce. Un port mal géré fait fuir les navires vers des escales concurrentes.

Riad Hedjal et Aman Eddine Khaled Bouabida héritent de deux maillons sensibles d’une chaîne logistique nationale en pleine mutation. Les moyens financiers semblent là. L’intention politique affichée aussi. Le reste dépendra de l’exécution, et c’est précisément là que se jouent, d’habitude, les vraies différences.

Jean Claude Convenant