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L’euro numérique franchit un cap décisif : le Parlement européen approuve son lancement en 2029

Par Jean Claude Convenant 4 min de lecture

Un tournant majeur vient d’être franchi dans l’évolution monétaire de l’Europe. La commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen a approuvé, ce 23 juin, le cadre légal permettant à la Banque centrale européenne (BCE) de créer et d’émettre un euro numérique. Cette validation débouche immédiatement sur des négociations finales entre les institutions européennes et les États membres, avec pour objectif concret un lancement d’ici 2029.

Pour citoyens, entrepreneurs et observateurs français ou maghrébins, cette avancée revêt une importance particulière. Elle marque la volonté de l’Europe de construire une infrastructure monétaire souveraine, capable de fonctionner indépendamment des plateformes de paiement dominées par des acteurs étrangers.

Trois ans de négociations pour aboutir

Le chemin parcouru jusqu’à cette approbation reflète les tensions inhérentes à tout changement monétaire majeur. Pendant trois années, la BCE s’est heurtée aux préoccupations des banques commerciales, craignant une perturbation de leurs activités de financement. Ces institutions redoutaient que les particuliers ne transfèrent massivement leurs dépôts vers un euro numérique de banque centrale, perçu comme plus sûr. Le rapporteur Fernando Navarrete Rojas (PPE) a dû naviguer entre ces intérêts divergents pour aboutir à un texte acceptable par tous les acteurs.

L’approbation de la commission n’est pas encore l’émission de la monnaie elle-même. Il s’agit plutôt d’établir les règles du jeu : les droits des utilisateurs, les obligations des prestataires techniques, les mécanismes de protection de la vie privée, ou encore les limites de détention par personne. Ces règles sont essentielles pour que la BCE puisse agir légalement.

Le texte doit maintenant être soumis au Parlement en séance plénière en juillet, avant d’entrer dans la dernière phase législative. En parallèle, la BCE prépare un essai pilote d’une année, durant laquelle une version bêta sera testée auprès de commerces et de prestataires de services financiers sélectionnés.

Réduire la dépendance technologique et financière

Pourquoi cette urgence de créer un euro numérique ? L’Europe fait face à une réalité inconfortable : l’écosystème des paiements numériques repose largement sur des entités américaines. Visa et Mastercard dominent les transactions par carte. Les stablecoins libellés en dollars gagnent du terrain dans les portefeuilles numériques. Cette concentration expose la zone euro à des risques géopolitiques et de souveraineté.

Un euro numérique émis et contrôlé par la BCE offrirait une alternative. Les consommateurs européens disposeraient d’une monnaie fiable, directement adossée à la banque centrale de la région, sans intermédiaires étrangers. Les entreprises, notamment les petits commerces, réduiraient leur dépendance aux commissions prélevées par les géants américains du paiement. La zone euro gagnerait en autonomie financière face aux chocs externes ou aux décisions unilatérales d’entités basées outre-Atlantique.

Pour les pays du Maghreb et l’Afrique du Nord, cette initiative européenne crée une dynamique : elle montre qu’il est possible de construire des solutions numériques locales et souveraines, sans attendre l’hégémonie technologique mondiale.

Enjeux pour la France et le Maghreb

En France, l’euro numérique simplifiera les transactions numériques et renforcera la sécurité des paiements en ligne. Les PME bénéficieront de frais réduits comparés aux solutions actuelles. Les données transactionnelles resteront au sein des institutions européennes, pas chez des serveurs californiens.

Pour les pays maghrébins liés commercialement à l’Europe, cette monnaie numérique facilitera les échanges transfrontaliers, en offrant un instrument de paiement stable et reconnu. Elle pourrait aussi inspirer d’autres régions à développer leurs propres solutions digitales.

Points clés à retenir

  • Approbation législative : le cadre légal est validé par la commission ECON du Parlement européen en juin 2026
  • Calendrier : lancement prévu en 2029 après tests pilotes en 2027-2028
  • Objectif : réduire la dépendance de l’Europe envers Visa, Mastercard et les monnaies numériques en dollars
  • Souveraineté : la BCE conserve le contrôle total de la monnaie numérique
  • Prochaine étape : vote en séance plénière du Parlement en juillet 2026
Jean Claude Convenant