Lundi 20 juillet 2026, deux entreprises que l’on classait encore hier dans la case « mineurs de bitcoin » ont vu leur action s’envoler de plus de 16 %. Ni le prix du BTC, ni un halving miracle : ce qui les a propulsées, ce sont des contrats de location de centres de données destinés à l’intelligence artificielle. Hut 8 a gagné plus de 16 %, IREN plus de 17 %. Et la logique de ce bond n’a plus grand-chose à voir avec les cryptomonnaies.
Le décor rend la scène encore plus frappante. Pendant que les valeurs des semi-conducteurs digéraient leur pire semaine depuis le début de l’année, ces anciennes fermes de minage annonçaient des milliards de revenus contractés. Le marché adore les paradoxes. En voilà un.
Hut 8 : un campus texan loué jusqu’au dernier mégawatt
Le coup d’éclat vient de Hut 8. La société a signé un deuxième bail, portant sur 352 MW de capacité informatique, d’une durée de 15 ans et d’une valeur de 9,8 milliards de dollars. Avec ce contrat, l’intégralité de son campus de Beacon Point, dans le comté de Nueces au Texas, est désormais commercialisée. On parle d’un site d’un gigawatt entier — l’équivalent, en ordre de grandeur, de la consommation d’une grande agglomération.
Le détail qui compte : ce nouveau locataire n’est pas un inconnu. Il s’agit de la même contrepartie, décrite par Hut 8 comme « de haute qualité de crédit », qui avait déjà signé un premier bail de 352 MW en mai. En clair, un client solide qui double sa capacité réservée sur le campus. La valeur contractuelle cumulée de Beacon Point atteint désormais 19,6 milliards de dollars sur la durée des baux, selon le communiqué diffusé par l’entreprise sur X.
Pour une société née dans le minage de bitcoin, c’est un basculement de nature. Louer de la puissance de calcul à un grand acteur de l’IA sur quinze ans, ce n’est pas la même activité que faire tourner des machines pour valider des transactions. C’est un métier d’immobilier industriel et d’énergie, avec des revenus récurrents et contractés — exactement ce que les mineurs cherchaient depuis que le halving a comprimé leurs marges sur le BTC.
IREN relève la barre au-delà de 4 milliards
Même mouvement chez IREN. L’entreprise a annoncé pour 2,8 milliards de dollars de nouveaux contrats dans son activité AI Cloud, et dans la foulée relevé son objectif de revenus pour cette division au-delà de 4 milliards de dollars en 2026. Le titre a réagi en conséquence, avec un bond de plus de 17 %.
Il faut mesurer ce que représente un tel chiffre pour une société de cette taille. Passer la barre des 4 milliards de revenus annuels sur une seule branche, quand on était encore perçu comme un opérateur de fermes de minage, cela redéfinit complètement le profil de l’entreprise aux yeux des analystes. Ce n’est plus un pari sur le cours du bitcoin. C’est un pari sur la demande de calcul pour l’IA — une demande qui, pour l’instant, ne montre aucun signe d’essoufflement.
Le pivot est-il vraiment gagné d’avance ?
Reprenons un peu de recul. Les mineurs de bitcoin possédaient déjà, sans forcément le savoir, l’actif le plus recherché de la ruée vers l’IA : de l’énergie, à grande échelle, connectée au réseau, avec des terrains et des infrastructures de refroidissement. Quand la course aux GPU a explosé, ces sites sont devenus des trésors. Le pivot était donc écrit dans les cartes. Hut 8 et IREN ne font que l’exécuter plus vite et plus proprement que les autres.
À notre avis, il faut tout de même garder la tête froide. Trois nuances méritent d’être posées noir sur blanc :
- Ces montants — 9,8 milliards, 19,6 milliards, 4 milliards — sont des valeurs contractuelles sur la durée totale des baux, pas des revenus encaissés du jour au lendemain. Un bail de quinze ans se lit sur quinze ans.
- La solidité de ces contrats dépend entièrement de celle des locataires. Hut 8 insiste sur la qualité de crédit de sa contrepartie, et pour cause : tout l’édifice repose sur la capacité du client à payer pendant une décennie et demie.
- La construction de campus d’un gigawatt exige des capitaux colossaux et une exécution sans faille. Entre l’annonce d’un bail et un data center pleinement opérationnel, il reste beaucoup de béton, de câbles et de factures d’énergie.
Autrement dit, l’euphorie boursière anticipe une réussite qui reste, pour partie, à livrer. Le marché achète une promesse crédible. Ce n’est pas la même chose qu’un résultat acquis.
Reste que la tendance de fond est difficile à contester. Le secteur du minage, longtemps otage du cours du bitcoin et de la difficulté croissante du réseau, se réinvente en fournisseur d’infrastructure pour l’économie de l’IA. Pour les investisseurs francophones qui suivaient ces valeurs comme des proxys du BTC, le changement est majeur : Hut 8 et IREN ne se lisent plus de la même manière. Leur valorisation dépend désormais autant des géants du cloud et des modèles d’IA que du cours du bitcoin.
Cette bascule n’est pas sans risque. Une correction sur le marché de l’IA, un surinvestissement en capacité de calcul, ou une simple révision à la baisse des besoins des grands acteurs suffiraient à retourner le sentiment aussi vite qu’il s’est enflammé. Les bonds de 16 et 17 % en une séance illustrent d’ailleurs à quel point ces titres restent volatils. Ce qui monte fort peut redescendre tout aussi brutalement.
Une chose est sûre : l’expression « mineur de bitcoin » ne suffit plus à décrire ce que sont devenues ces entreprises. Le bitcoin les a fait naître. L’intelligence artificielle est en train de les redéfinir.