Aller au contenu
Actu
Quand l’IA d’OpenAI décide de tricher : l’incident qui devrait tous nous inquiéterStrategy change de mètre étalon : 19 milliards de dollars s’évaporent entre le brut et le netBandes de Bollinger : ce que ce silence des marchés révèle avant l’explosionPoolin, jadis roi du minage Bitcoin, s’effondre sous 173 millions de dettesLegrand, le roi discret des prises devenu pari sur l’intelligence artificielleQuand l’IA d’OpenAI décide de tricher : l’incident qui devrait tous nous inquiéterStrategy change de mètre étalon : 19 milliards de dollars s’évaporent entre le brut et le netBandes de Bollinger : ce que ce silence des marchés révèle avant l’explosionPoolin, jadis roi du minage Bitcoin, s’effondre sous 173 millions de dettesLegrand, le roi discret des prises devenu pari sur l’intelligence artificielle
Actualités Forex

Poolin, jadis roi du minage Bitcoin, s’effondre sous 173 millions de dettes

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Il y a cinq ans, un mineur de Bitcoin sur cinq passait par ses serveurs. Poolin, ce nom qui trônait au sommet du classement mondial des pools de minage, vient de rendre les armes. Le 22 juillet, Poolin Technology a déposé une demande de protection sous le Chapitre 11 devant le tribunal des faillites du New Jersey. Fin de partie pour une entreprise qui, à son apogée, faisait partie des cinq plus gros acteurs de la planète.

Le chiffre qui accompagne cette chute donne le vertige : plus de 173 millions de dollars de passif. Une somme qui raconte, à elle seule, l’histoire d’une descente aux enfers étalée sur plusieurs années. Car contrairement aux effondrements spectaculaires que le secteur a connus — pensez à FTX ou à Celsius, engloutis en quelques jours —, Poolin ne s’est pas écroulé du jour au lendemain. Il s’est éteint lentement, à petit feu.

Une agonie qui a commencé bien avant le dépôt de bilan

Pour comprendre la chute de Poolin, il faut remonter le fil. En 2021, Pékin porte un coup fatal à l’industrie minière chinoise en interdisant purement et simplement l’activité sur son territoire. Or la Chine concentrait alors l’écrasante majorité de la puissance de calcul mondiale. Du jour au lendemain, des milliers de fermes de minage se retrouvent à devoir déménager, brader leur matériel ou fermer. Poolin, installé à Singapour mais profondément ancré dans l’écosystème asiatique, encaisse le choc de plein fouet.

Puis vient 2022 et son hiver crypto. Le prix du Bitcoin s’effondre, passant d’environ 69 000 dollars fin 2021 à moins de 16 000 dollars un an plus tard. Pour un pool de minage, ce genre de dégringolade est un poison lent : les revenus fondent, la rentabilité des machines s’évapore, et les mineurs qui utilisent la plateforme partent chercher ailleurs des marges qu’ils ne trouvent plus.

C’est d’ailleurs dès cette période que les premiers signaux d’alarme retentissent. À l’automne 2022, Poolin gèle les retraits de ses utilisateurs, invoquant des problèmes de liquidité. La confiance, dans cet univers, ne se répare pas facilement. Une fois le doute installé, la fuite des clients devient irréversible. Ce qu’on observe aujourd’hui n’est donc pas une surprise : c’est l’aboutissement logique de trois années passées à colmater les brèches.

Le minage n’est plus ce qu’il était

La disparition de Poolin dépasse le cas d’une entreprise mal gérée. Elle dit quelque chose de l’évolution profonde du minage de Bitcoin. Ce métier, autrefois accessible à des acteurs de taille moyenne, s’est transformé en une industrie lourde, capitalistique, où la survie dépend de l’accès à une électricité bon marché et à du matériel de dernière génération.

Le halving d’avril 2024 a encore resserré l’étau. En divisant par deux la récompense versée aux mineurs pour chaque bloc validé, cet événement programmé a mécaniquement rogné les revenus de tout le secteur. Les acteurs fragiles n’y survivent pas. Les plus solides, eux, cherchent à diversifier. Et c’est là qu’apparaît le grand basculement de ces derniers mois : l’intelligence artificielle.

De plus en plus de mineurs reconvertissent tout ou partie de leurs infrastructures — data centers, réseaux électriques, systèmes de refroidissement — pour héberger des calculs liés à l’IA, bien plus rémunérateurs que le hachage de blocs Bitcoin. Core Scientific, qui avait lui-même sollicité une procédure de faillite sous Chapitre 11 avant de se restructurer, incarne parfaitement cette mutation. Aujourd’hui, un mineur qui refuse de s’adapter à cette nouvelle donne se condamne. Poolin n’a pas su, ou pas pu, prendre ce virage.

Ce que cela change pour l’écosystème

Faut-il s’inquiéter pour la sécurité du réseau Bitcoin ? Pas vraiment. Le hashrate global — la puissance de calcul totale qui protège la blockchain — atteint aujourd’hui des sommets historiques. Quand un pool disparaît, sa puissance ne s’évapore pas : elle migre vers les concurrents. Le réseau, par construction, absorbe ces départs sans broncher. C’est peut-être là toute la force du système imaginé par Satoshi Nakamoto : aucun acteur, aussi dominant soit-il, n’est indispensable.

En revanche, cette faillite adresse un rappel utile aux utilisateurs et investisseurs francophones tentés par le minage, en Europe comme au Maghreb, où certains projets voient dans une électricité localement abordable une opportunité. Confier sa puissance de calcul ou ses fonds à une plateforme centralisée, aussi réputée soit-elle, comporte un risque de contrepartie bien réel. Les utilisateurs de Poolin dont les retraits ont été bloqués en 2022 en savent quelque chose. La règle du secteur reste la même qu’il y a dix ans : la solidité d’un acteur d’hier ne garantit rien pour demain.

Il faut le dire, la chute de Poolin marque la fin symbolique d’une époque. Celle où le minage était encore une aventure de pionniers, un terrain de jeu pour des entreprises audacieuses portées par la seule hausse du Bitcoin. Cette période est révolue. Le minage est devenu un secteur industriel comme un autre, avec ses géants, ses restructurations et ses cadavres. Poolin en est le dernier en date. Il ne sera sans doute pas le dernier tout court.

Jean Claude Convenant