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Malakoff Humanis dans la tourmente : une enquête pour corruption fragilise son patron

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un géant de la protection sociale ne devrait jamais faire la une pour ce genre de raison. Pourtant, c’est bien ce qui arrive à Malakoff Humanis. D’après une information des Echos, une enquête pour corruption en bande organisée vise désormais le groupe et certains de ses partenaires. Et au centre des regards : Thomas Saunier, son directeur général, dont la position se fragilise à mesure que le dossier prend de l’ampleur.

Le mot « corruption » suffit à lui seul à déclencher une onde de choc. Mais lorsqu’il s’accompagne de la mention « en bande organisée », le niveau de gravité change d’échelle. Cette qualification, en droit français, désigne des faits commis de manière concertée, avec une préparation en amont. Elle ouvre la voie à des poursuites lourdes et à des investigations approfondies. Pour une entreprise dont le métier repose entièrement sur la confiance — celle des salariés, des employeurs et des retraités qu’elle couvre — la simple existence d’une telle procédure représente déjà une épreuve.

Un acteur central de la protection sociale française

Rappelons ce qu’est Malakoff Humanis. Né en 2019 de la fusion entre les groupes Malakoff Médéric et Humanis, l’ensemble s’est imposé comme l’un des tout premiers acteurs de l’assurance de personnes et de la retraite complémentaire dans l’Hexagone. Complémentaire santé, prévoyance, épargne salariale, gestion de régimes Agirc-Arrco : le groupe intervient sur les pans les plus sensibles de la vie financière de millions de Français. On parle ici d’un paritaire, c’est-à-dire d’une structure historiquement gouvernée à parts égales par les représentants des employeurs et des salariés.

C’est précisément ce qui rend l’affaire délicate. Une entreprise cotée peut absorber une crise en rassurant ses actionnaires. Un groupe de protection sociale, lui, joue sa légitimité auprès des partenaires sociaux et, indirectement, auprès de l’ensemble des assurés. Quand la gouvernance est ébranlée au sommet, c’est tout l’édifice paritaire qui se retrouve interpellé.

Le directeur général en première ligne

Thomas Saunier n’est pas un inconnu du secteur. À la tête de Malakoff Humanis depuis les débuts du groupe fusionné, il a piloté l’intégration de deux mastodontes et incarné, ces dernières années, la stratégie de l’ensemble. Le voir aujourd’hui « sous pression », selon les termes des Echos, en dit long sur la tension interne que provoque l’ouverture de cette enquête.

Être visé par une procédure judiciaire ne signifie pas être coupable — il faut le répéter, la présomption d’innocence s’applique pleinement à toutes les personnes concernées. Mais dans la vie des entreprises, la judiciarisation d’un dossier suffit souvent à déclencher une crise de gouvernance bien avant qu’un tribunal ne se prononce. Les conseils d’administration réclament des comptes. Les partenaires deviennent prudents. Les instances de contrôle observent. Et la question qui finit toujours par surgir est la même : le dirigeant peut-il rester en poste pendant que l’enquête suit son cours ?

C’est là que se joue l’essentiel. Une gouvernance solide sait distinguer les faits reprochés à des individus de la continuité de l’institution. Une gouvernance fragilisée, elle, risque la paralysie. Entre ces deux scénarios, Malakoff Humanis va devoir choisir sa ligne, et vite.

Pourquoi ce dossier dépasse le cas d’une seule entreprise

Le secteur de l’assurance et de la protection sociale n’échappe pas aux affaires. On se souvient que la finance française a connu, au fil des années, plusieurs épisodes où des soupçons de manquements à la probité ont mis à l’épreuve la réputation d’acteurs installés. À chaque fois, le même constat : la confiance met des années à se construire et quelques semaines à se fissurer.

Pour les millions d’assurés, l’affaire peut sembler lointaine. Elle ne l’est pas tant que ça. Derrière les enjeux de gouvernance, il y a la manière dont un groupe passe ses contrats, sélectionne ses prestataires, attribue ses marchés. La notion de « bande organisée » suggère que l’enquête s’intéresse justement à des relations entre le groupe et ses partenaires. Les détails restent, à ce stade, du ressort des investigations en cours, et il serait prématuré d’en tirer la moindre conclusion.

Ce dossier illustre néanmoins une vérité qui vaut bien au-delà des frontières françaises, y compris pour les lecteurs du Maghreb où les acteurs de l’assurance et de la mutualité se développent : la gouvernance n’est pas un supplément d’âme, c’est le socle du métier. Un assureur vend une promesse. Il promet d’être là quand un accident survient, quand la maladie frappe, quand vient la retraite. Cette promesse ne vaut que si l’institution qui la porte est irréprochable dans son fonctionnement.

À notre avis, l’issue de cette affaire ne se mesurera pas seulement aux suites judiciaires, qui prendront du temps. Elle se jouera d’abord dans la capacité du groupe à démontrer que ses mécanismes de contrôle interne fonctionnent, et que sa gouvernance sait réagir sans attendre le verdict des juges. La transparence, dans ces moments-là, n’est pas une option de communication. C’est une condition de survie de la confiance.

Reste une question, celle que se posent aujourd’hui les partenaires sociaux comme les observateurs du secteur : Malakoff Humanis parviendra-t-il à traverser cette tempête sans que son sommet ne vacille durablement ? Les prochaines semaines apporteront des éléments de réponse. Pour l’heure, un groupe majeur de la protection sociale française est entré dans une zone de turbulences dont il ne sortira pas indemne, quelle que soit la conclusion de l’enquête.

Jean Claude Convenant