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Wall Street a gagné 11 % depuis janvier : pourquoi septembre fait quand même trembler les investisseurs

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Onze pour cent. C’est la performance du S&P 500 depuis le début de l’année, selon Les Echos. Un chiffre qui devrait rassurer n’importe quel investisseur. Et pourtant, à l’approche de septembre, une nervosité familière s’installe dans les salles de marché new-yorkaises. Comme un rendez-vous que personne n’a envie d’honorer.

Car il existe, à Wall Street, une croyance qui traverse les générations de traders : septembre serait le mois maudit. Celui où les indices trébuchent, où les gains de l’été s’évaporent, où la prudence redevient soudain la règle. Superstition de vieux briscards ou réalité statistique ? La question mérite qu’on s’y attarde.

Un cru 2024 solide, mais un calendrier qui inquiète

Reprenons les faits. Avec plus de 11 % de progression depuis janvier, l’indice phare de la Bourse américaine a offert une année confortable à ceux qui y sont exposés. Rien d’anormal dans une économie américaine qui a tenu bon face aux craintes de récession et à une inflation longtemps rétive.

Mais voilà : cette belle mécanique arrive à l’automne. Et l’automne, dans l’imaginaire boursier, commence par le mois le plus redouté du calendrier. Il faut le dire clairement : ce n’est pas qu’une lubie. Sur le long terme, septembre affiche historiquement les rendements moyens les plus faibles de l’année pour les grands indices américains. Un phénomène suffisamment documenté pour avoir gagné son surnom outre-Atlantique : le « September effect ».

Reste à comprendre pourquoi. Et là, les explications se bousculent sans qu’aucune ne fasse totalement consensus.

Pourquoi septembre ? Les théories s’affrontent

La première piste tient à la psychologie collective. Après les congés estivaux, les gérants reviennent aux commandes et rééquilibrent leurs portefeuilles. Certains prennent leurs bénéfices, d’autres taillent dans les positions les plus risquées avant la clôture de leur exercice comptable. Ces arbitrages massifs, concentrés sur quelques semaines, pèsent mécaniquement sur les cours.

Deuxième explication, plus prosaïque : le calendrier fiscal. Aux États-Unis, plusieurs fonds mutualisés clôturent leur année fiscale en octobre. Septembre devient alors le moment des grands ménages, où l’on vend les titres perdants pour matérialiser des pertes fiscalement utiles.

Enfin, il y a la part de la prophétie autoréalisatrice. À force de répéter que septembre est dangereux, les investisseurs finissent par agir avec prudence — et provoquent eux-mêmes la baisse qu’ils redoutaient. La peur crée le mouvement. C’est peut-être là le cœur du problème.

Un point mérite d’être rappelé, parce qu’on l’oublie trop vite : une moyenne historique n’est pas une prédiction. Septembre a beau afficher un mauvais bilan sur des décennies, cela ne dit rien de ce qui se passera cette année précise. Des mois de septembre franchement positifs, l’histoire boursière en compte des dizaines. Confondre tendance statistique et certitude, c’est le meilleur moyen de prendre de mauvaises décisions.

Ce que cela change pour un investisseur francophone

Que l’on soit à Paris, à Bruxelles, à Genève ou à Casablanca, l’exposition à Wall Street n’a plus rien d’exotique. Les ETF répliquant le S&P 500 figurent parmi les supports les plus détenus dans les plans d’épargne et les contrats d’assurance-vie européens. Quand New York éternue, une bonne partie de l’épargne mondiale s’enrhume.

Faut-il pour autant tout vendre avant le 1er septembre et racheter en octobre ? L’idée est séduisante sur le papier. Dans les faits, elle relève souvent du mirage. Tenter de « timer » le marché — deviner le bon moment pour entrer et sortir — est un exercice où même les professionnels échouent régulièrement. Les frais de transaction, la fiscalité des plus-values et le risque de rater le rebond peuvent coûter bien plus cher que la baisse redoutée.

Ce qu’un investisseur peut retenir, en revanche, c’est l’utilité de garder la tête froide. Une correction saisonnière, si elle survient, n’a rien d’un krach. Elle fait partie de la respiration normale des marchés. Ceux qui investissent avec un horizon long — plusieurs années — ont toutes les raisons de ne pas se laisser gouverner par le calendrier.

Rappelons enfin l’évidence, parce qu’elle vaut toujours : les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et tout placement en actions comporte un risque de perte en capital. Le S&P 500 peut monter comme il peut chuter, en septembre comme en tout autre mois.

Une malédiction plus mentale que financière

À bien y regarder, la « malédiction de septembre » ressemble surtout à un miroir tendu à nos propres réflexes. Elle raconte notre besoin de trouver des schémas, des règles, des repères rassurants dans le chaos apparent des marchés. Elle nourrit aussi une industrie médiatique qui adore les récits cycliques.

Alors, septembre 2024 fera-t-il mentir ou confirmera-t-il la légende ? Personne ne le sait, et quiconque prétend le contraire vend du vent. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que le S&P 500 aborde ce mois délicat avec un matelas de 11 % de gains. Un coussin appréciable. La suite appartient, comme toujours, aux résultats d’entreprises, aux décisions de la Réserve fédérale et à mille facteurs qu’aucun almanach boursier ne pourra jamais prévoir.

Jean Claude Convenant