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Marché Maghreb

Zagora : ces punaises qui s’attaquent aux oliviers pourraient peser sur toute la filière

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un insecte de quelques millimètres, et voilà une inquiétude qui gagne les parcelles du sud-est marocain. Depuis le début de l’été, les oliveraies de Zagora font face à une prolifération de punaises phytophages, selon les informations de Médias24. Le phénomène n’a rien d’un hasard météorologique isolé. Il raconte quelque chose de plus large sur la manière dont le climat redessine, saison après saison, les équilibres de l’agriculture marocaine.

Un cycle qui commence bien avant l’été

L’histoire de cet insecte suit une logique implacable. Tout au long du printemps, la punaise s’est multipliée tranquillement sur les plantes sauvages, profitant d’une végétation abondante après les pluies de saison. Puis la sécheresse estivale est arrivée. Les herbes folles ont grillé, les refuges naturels ont disparu, et l’insecte a fait ce que tout organisme fait quand son garde-manger se vide : il a migré vers ce qui restait vert. C’est-à-dire les jeunes oliviers, arrosés et donc encore feuillus au cœur de l’été.

Ce mécanisme mérite qu’on s’y arrête, car il illustre un enchaînement que les agronomes observent de plus en plus souvent. Une saison humide gonfle les populations d’insectes. Une saison sèche les concentre sur les rares zones irriguées. Les cultures les mieux entretenues deviennent alors, paradoxalement, les plus exposées. Ce sont précisément les parcelles où l’agriculteur a investi qui attirent la pression parasitaire.

Pourquoi les jeunes plants inquiètent particulièrement

Il faut le dire clairement : un olivier centenaire encaisse bien mieux ce genre d’attaque qu’un plant de deux ou trois ans. L’arbre adulte dispose de réserves, d’un feuillage dense, d’un système racinaire profond qui lui permet d’absorber le choc. Le jeune sujet, lui, joue sa survie sur chaque bourgeon. Une population de punaises qui prélève la sève sur des rameaux tendres peut freiner la croissance, déformer les pousses, retarder l’entrée en production de plusieurs années.

Or c’est justement sur ces jeunes vergers que repose l’avenir de la filière. Le Maroc a massivement replanté depuis une quinzaine d’années, dans le cadre des grands plans agricoles successifs qui ont fait de l’olivier une culture stratégique. Ces plants récents sont l’investissement du présent censé produire l’huile de demain. Les voir fragilisés dès leurs premières années, c’est voir une partie de cet effort mise en péril avant même d’avoir porté ses fruits.

Une filière qui pèse lourd dans l’économie rurale

L’olivier n’est pas une culture comme les autres au Maroc. C’est la première espèce fruitière du pays, présente sur une large part du territoire, du Rif aux confins présahariens. Elle structure des pans entiers de l’économie rurale : emplois saisonniers à la cueillette, huileries de proximité, marché de l’huile d’olive et des olives de table, revenus complémentaires pour des centaines de milliers de petites exploitations. Zagora, aux portes du désert, symbolise ce front pionnier où l’irrigation permet à l’arbre de tenir malgré l’aridité.

Une menace localisée peut donc avoir des répercussions qui dépassent largement le périmètre des parcelles touchées. Si le phénomène venait à s’étendre ou à se répéter d’une année sur l’autre, ce sont les rendements, donc les prix, donc le pouvoir d’achat des ménages qui pourraient être concernés. On se souvient des tensions récentes sur le prix de l’huile d’olive au Maroc, où de mauvaises récoltes liées à la sécheresse ont fait grimper les cours à des niveaux jamais vus. Chaque nouvelle pression sur la production s’inscrit dans ce contexte déjà tendu.

Le vrai sujet : s’adapter à un climat qui change les règles

À notre avis, l’épisode de Zagora vaut surtout comme signal. Les ravageurs profitent des dérèglements climatiques bien plus vite que les cultures ne s’y adaptent. Alternance brutale entre saisons humides et sécheresse intense, hivers moins froids qui laissent survivre davantage d’insectes, printemps précoces qui allongent les cycles de reproduction : tous ces facteurs jouent en faveur des parasites.

La réponse ne se limite pas au traitement d’urgence sur une parcelle. Elle passe par la surveillance, la formation des agriculteurs à reconnaître les premiers foyers, et une gestion raisonnée qui évite l’usage massif de produits chimiques, souvent contre-productif sur le long terme parce qu’il élimine aussi les prédateurs naturels de la punaise. Les exploitants qui laissent des bandes de végétation refuge, qui diversifient leurs cultures, qui observent leurs vergers de près, sont généralement mieux armés que ceux qui misent tout sur la réaction chimique de dernière minute.

  • Pour les petits producteurs, l’enjeu immédiat est de protéger l’investissement des jeunes plantations.
  • Pour la filière, il s’agit de mesurer si l’épisode reste local ou annonce une tendance de fond.
  • Pour les autorités agricoles, la question est celle de la prévention plutôt que du seul traitement curatif.

Reste une inconnue de taille : l’ampleur réelle du phénomène. Pour l’heure, il concerne les parcelles de Zagora. Rien ne dit qu’il se généralisera, et il serait exagéré de parler dès maintenant de menace nationale. Mais l’histoire agricole récente du Royaume enseigne une chose : ce qui commence comme un incident localisé au sud finit parfois par concerner tout le pays. La vigilance, ici, n’est pas de la dramatisation. C’est simplement la leçon d’un climat devenu imprévisible.

Jean Claude Convenant