Une passe manquée, un ballon qui traîne dans la surface, et tout bascule. À la 88e minute, dimanche soir au stade olympique de Rabat, la gardienne sénégalaise Khady Faye a offert à l’Algérie le but du soulagement. Melissa Bethi n’a eu qu’à pousser le cuir au fond. Fin de match, 2-0, et un premier pas réussi pour les Vertes dans une CAN 2026 féminine qui s’annonce piégeuse.
Le score paraît confortable. Le contenu l’était moins. Pendant une bonne partie de la rencontre, les deux sélections se sont rendu coup pour coup, sans qu’aucune ne prenne vraiment l’ascendant. C’est finalement un fait de jeu, comme souvent dans ces duels serrés, qui a fait pencher la balance.
Un penalty pour ouvrir la porte, une erreur pour la refermer
Le tournant, il est venu juste avant la pause. Amira Braham est fauchée dans la surface sénégalaise. Penalty. Marine Dafeur se charge de l’exécution et ne tremble pas : elle prend Khady Faye à contre-pied pour ouvrir le score à la 42e minute. Un but au meilleur moment, celui qui permet de rentrer aux vestiaires avec l’avantage et la tranquillité d’esprit.
La seconde période a suivi le scénario classique des équipes qui savent défendre un but d’avance. Le Sénégal a poussé, cherché l’égalisation, multiplié les offensives. L’Algérie a tenu. Puis elle a frappé au moment où l’adversaire y croyait encore. Sur cette bévue de la gardienne, Lina Boussaha récupère, sert Bethi, et le break tombe. À deux minutes de la fin, c’était plié.
Ce genre de scénario, il faut le dire, récompense autant la solidité que le réalisme. Marquer deux fois avec une possession partagée, c’est le signe d’une équipe qui sait faire les efforts défensifs et saisir les rares fenêtres offertes. Rien de spectaculaire, mais de l’efficacité. En tournoi, ça vaut de l’or.
Le vrai test s’appelle Maroc
Trois points en poche, les coéquipières de Sofia Guellati abordent la suite avec un moral d’attaque. Mais le calendrier ne fait pas de cadeau. L’Algérie évolue dans le groupe A avec le pays hôte, le Sénégal et le Kenya. Autrement dit, le tirage n’a rien épargné aux Vertes.
La deuxième journée réserve le choc contre le Maroc. Un match dans le match. Jouer contre l’organisateur, chez lui, devant son public, c’est affronter bien plus qu’une équipe : c’est se mesurer à toute une ferveur. Les Lionnes de l’Atlas, finalistes de la précédente édition à domicile en 2022, ont franchi un cap ces dernières années et incarnent aujourd’hui l’une des ambitions les plus sérieuses du continent en football féminin.
Pour l’Algérie, ce rendez-vous a une saveur particulière. Au-delà de la rivalité sportive bien connue entre les deux voisins, il y a un enjeu de classement immédiat : bien figurer dans ce groupe passe presque forcément par un résultat face au Maroc, ou au minimum par une prestation qui ne compromet pas la qualification.
Faire mieux que les quarts
L’objectif est clairement affiché : dépasser le résultat de la dernière participation, où les Vertes s’étaient arrêtées en quarts de finale. Une ambition légitime pour une sélection qui a progressé et qui compte désormais dans ses rangs des joueuses évoluant dans des championnats européens de bon niveau.
Il faut toutefois garder la tête froide. Une victoire inaugurale ne fait pas un tournoi. Le football féminin africain s’est considérablement resserré : les écarts se réduisent, les surprises se multiplient, et une seule contre-performance peut tout compromettre dans une phase de poules aussi dense. Le Sénégal battu dimanche reste une équipe capable de rebondir, et le Kenya n’est pas à sous-estimer.
Ce que ce match contre le Maroc va révéler, c’est la capacité de l’Algérie à hausser son niveau face à un adversaire supérieur à celui du premier jour. Contenir les assauts, comme elles l’ont fait en seconde période face aux Sénégalaises, ce sera nécessaire. Mais il faudra sans doute davantage de maîtrise offensive pour espérer accrocher un résultat.
Une chose est sûre : ce début de compétition confirme la dynamique d’un football féminin nord-africain qui monte en puissance et qui commence à attirer l’attention bien au-delà de ses frontières. Entre l’Algérie, le Maroc et une Tunisie qui progresse, le Maghreb pèse de plus en plus sur la scène continentale. La suite du groupe A dira jusqu’où les Vertes peuvent porter cette ambition.