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Carburants en Algérie : l’article 218 qui pourrait changer la règle du jeu en 2027
Marché Maghreb

Carburants en Algérie : l’article 218 qui pourrait changer la règle du jeu en 2027

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Une seule phrase, glissée dans un texte budgétaire de plusieurs centaines d’articles, peut suffire à déclencher un bras de fer. En Algérie, c’est l’article 218 du projet de loi de finances 2027 qui joue ce rôle. Sa formulation est volontairement discrète : les prix des carburants pourraient « faire l’objet de révision, en cas de besoin, par les parties prenantes ». Rien de plus. Et c’est précisément ce flou qui inquiète.

Qui sont ces « parties prenantes » ? Le texte ne le dit pas. Dans un pays où le litre de gasoil reste l’un des moins chers de la planète, cette imprécision n’a rien d’anodin. Elle revient, en pratique, à donner au gouvernement la possibilité de relever les prix de l’essence, du gasoil et du GPLc sans repasser devant les élus. Un verrou qui saute en silence.

Ce que dit vraiment l’article 218

Reprenons les faits tels qu’ils figurent dans la dépêche de TSA. Le gouvernement propose, via cet article, que la révision des tarifs puisse se faire « en cas de besoin », sans intervention systématique du Parlement. Dans son exposé des motifs, l’exécutif défend une ligne cohérente avec sa politique énergétique : l’État, rappelle-t-il, maintient une tarification « parmi les plus avantageuses et stables au monde », pensée pour soutenir « durablement le modèle énergétique national ».

Traduction : le carburant subventionné est un pilier du contrat social algérien. Et l’argument du gouvernement se tient sur le papier — ajuster les prix sans la lourdeur d’un débat parlementaire permettrait de réagir vite, par exemple face à une flambée des cours mondiaux ou à un creusement du déficit. Souplesse budgétaire, en somme.

Mais il faut le dire : la souplesse budgétaire, vue du côté de l’automobiliste, ressemble surtout à une hausse qu’on n’a pas vu venir.

La Commission des finances de l’APN met son veto

Les députés ne l’entendent pas de cette oreille. La commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale (APN) a déposé 26 amendements de fond, dont un vise directement cette disposition. Son objectif est simple : soumettre « toute révision des prix des carburants » à l’approbation du Parlement, dans le cadre de la loi de finances. Autrement dit, remettre le verrou que l’article 218 cherchait à retirer.

La commission avance deux justifications. La première est la « transparence ». La seconde, plus politique, touche à la « protection du pouvoir d’achat des citoyens ». Le rapporteur, cité par l’agence officielle APS, parle de la « nécessité de consacrer le caractère social de l’État » et d’« associer les représentants du peuple à toute augmentation ou révision des prix des carburants ». Le vocabulaire est soigné, mais le message est clair : on ne touche pas à ce qui remplit le réservoir sans en débattre publiquement.

On notera au passage une subtilité qui apparaît dans la dépêche : le texte évoque d’abord le PLF 2027, puis les amendements portant sur le PLF 2026. Signe que ce débat n’est pas neuf — il s’inscrit dans une discussion qui court sur plusieurs exercices budgétaires. Le carburant, en Algérie, est un sujet qui revient chaque automne, à l’heure des lois de finances.

Pourquoi ce débat dépasse largement la pompe à essence

Pour comprendre l’enjeu, il faut rappeler un chiffre que tout le monde connaît à Alger sans forcément le mesurer : les carburants algériens figurent parmi les moins chers au monde. Cette situation repose sur des subventions massives, assumées par l’État au nom de la stabilité sociale. Elle a un coût budgétaire colossal, d’autant plus sensible quand les recettes des hydrocarbures fluctuent au gré des cours du brut.

Le dilemme est donc classique, et il n’est pas propre à l’Algérie. D’un côté, la soutenabilité des finances publiques pousse à alléger des subventions qui pèsent lourd. De l’autre, toute hausse des prix à la pompe se répercute immédiatement sur le transport, la logistique, et donc sur le prix du panier alimentaire. Dans une économie où le carburant irrigue toute la chaîne des prix, relever de quelques dinars le litre, ce n’est jamais seulement relever le litre.

Les voisins maghrébins ont déjà emprunté ce chemin, parfois douloureusement. Le Maroc a libéralisé ses prix des carburants au milieu des années 2010, en les indexant sur les cours internationaux. La Tunisie procède depuis des années à des ajustements progressifs, sous l’œil des bailleurs internationaux. Chaque fois, la mécanique est la même : la vérité des prix soulage le budget mais fragilise le pouvoir d’achat. L’Algérie, elle, a jusqu’ici tenu bon sur ses subventions. L’article 218 pourrait marquer, sinon une rupture, du moins une évolution de méthode.

Car c’est bien de méthode qu’il s’agit. La question n’est pas tant « les prix vont-ils augmenter » que « qui décidera, et comment ». En voulant garder la main sur le vote, les députés défendent moins un tarif qu’un principe : celui du contrôle parlementaire sur une décision à fort impact social. Le gouvernement, lui, cherche de la marge de manœuvre.

Reste une inconnue de taille : rien n’indique encore quel camp l’emportera. L’amendement de la commission doit franchir les étapes du débat budgétaire avant d’être adopté ou écarté. Pour les automobilistes algériens, le suspense n’est donc pas sur un chiffre — aucun montant de hausse n’est avancé dans le texte — mais sur la mécanique institutionnelle qui encadrera les prix de demain. Et parfois, la procédure compte autant que le prix lui-même.

Jean Claude Convenant