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Les data centers ont-ils déclenché la correction ? Wall Street perd 5 % sur le Nasdaq
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Les data centers ont-ils déclenché la correction ? Wall Street perd 5 % sur le Nasdaq

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Cinq pour cent en une séance. Pour le Nasdaq, l’indice qui concentre les géants de la tech américaine, c’est une claque. Jeudi, Wall Street a décroché brutalement, et le signal envoyé par les investisseurs ne trompe pas : la fête autour de l’intelligence artificielle commence à inquiéter autant qu’elle fascine.

Un décrochage qui fait figure d’avertissement

Une chute de plus de 5 % sur une seule journée, ça n’arrive pas tous les mois. Pour mettre les choses en perspective : il faut remonter aux grandes secousses de ces dernières années — les débuts de la pandémie, les resserrements brutaux de la Réserve fédérale — pour retrouver des amplitudes comparables sur l’indice technologique. Le mouvement de jeudi, rapporté par Les Echos, n’est donc pas un simple frémissement. C’est le genre de séance qui laisse des traces et qui pousse les gérants à rouvrir leurs tableurs.

Ce qui frappe, c’est le déclencheur. Ce ne sont pas, cette fois, les taux d’intérêt ou une statistique d’inflation décevante. Ce sont les résultats d’élections locales américaines — les fameux midterms, ces scrutins de mi-mandat qui rythment la vie politique des États-Unis — et plus précisément la montée en puissance d’une opposition organisée aux data centers.

Pourquoi des centres de données font trembler la Bourse

Il faut le dire : les data centers sont devenus le nerf de la guerre de l’intelligence artificielle. Ces immenses entrepôts remplis de serveurs sont ce qui permet à ChatGPT de répondre, aux modèles d’IA de s’entraîner, aux services cloud de tourner. Sans eux, pas de révolution technologique. Et les sommes englouties dans leur construction donnent le vertige : les grands noms de la tech américaine ont promis des centaines de milliards de dollars d’investissements dans les années à venir.

Mais voilà. Ces infrastructures consomment des quantités colossales d’électricité et d’eau. Elles s’installent souvent à proximité de zones habitées, font grimper les factures d’énergie locales et saturent les réseaux. Un peu partout aux États-Unis, des riverains, des élus et des associations se dressent contre de nouveaux projets. Quand ces opposants gagnent du terrain dans les urnes, les marchés y voient une menace directe sur le rythme de déploiement de l’IA.

Le raisonnement des investisseurs est simple, presque mécanique. Si construire un data center devient plus long, plus cher ou plus incertain à cause de résistances politiques, alors les projections de croissance des géants de la tech vacillent. Or ces projections sont justement ce qui justifie des valorisations aujourd’hui vertigineuses. Retirez une brique de l’édifice et tout l’échafaudage se met à trembler.

Des valorisations qui ne pardonnent aucune mauvaise nouvelle

C’est peut-être là le vrai enseignement de cette séance. Le marché de l’IA s’est tellement emballé que la moindre contrariété se paie cash. Quand une action se négocie à des multiples de bénéfices extrêmement élevés, elle intègre dans son prix une croissance future quasi parfaite. Le problème, avec la perfection, c’est qu’elle laisse peu de place aux surprises. Un obstacle réglementaire ici, une opposition citoyenne là, et la belle mécanique s’enraye.

On a vu ce film plusieurs fois. La bulle Internet à la fin des années 1990 reposait aussi sur des promesses démesurées, dont beaucoup étaient fondées — Internet a bel et bien transformé le monde — mais le calendrier et les valorisations étaient faux. Les entreprises survivantes ont fini par triompher, après que les cours se sont effondrés. Est-ce que l’IA suit la même trajectoire ? Trop tôt pour le dire. Mais la nervosité actuelle rappelle que les marchés confondent parfois une vraie révolution technologique avec une juste évaluation de son prix.

Ce que ça change pour les épargnants francophones

À Paris, Bruxelles ou Casablanca, on pourrait se dire que ces secousses à Wall Street restent lointaines. Ce serait une erreur. Les grandes valeurs technologiques américaines pèsent lourd dans les indices mondiaux et dans une bonne partie des fonds et ETF détenus par les épargnants européens et maghrébins, souvent sans qu’ils en aient pleinement conscience. Un plan d’épargne indexé sur un indice monde est aujourd’hui massivement exposé à une poignée de géants de la tech.

Quand ces titres toussent, c’est tout un portefeuille qui s’enrhume. Cela ne veut pas dire qu’il faut fuir — les corrections font partie de la vie des marchés, et vouloir les anticiper au jour le jour est un jeu perdant pour la plupart des investisseurs. Mais une séance comme celle de jeudi est un rappel utile : la concentration des gains de ces dernières années autour de l’IA crée une vulnérabilité. Quand tout le monde parie sur la même histoire, la sortie se fait par la même porte, et elle est étroite.

Reste la question de fond, que ce décrochage pose sans la résoudre. L’IA a-t-elle besoin de bétonner le territoire américain de data centers au rythme annoncé, au risque de braquer les populations ? Et si la réponse politique devient non, qui paiera la facture des promesses déjà intégrées dans les cours ? Les prochaines séances diront si jeudi n’était qu’un accès de fièvre passager ou le premier craquement d’un édifice un peu trop confiant. Prudence, donc, et mémoire : les marchés oublient vite, rarement longtemps.

Jean Claude Convenant