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Monte dei Paschi : comment la plus vieille banque du monde est devenue la proie d’Intesa

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Il y a quelques années encore, Monte dei Paschi di Siena était un cas d’école — mais pas de ceux qu’on cite en exemple. La plus vieille banque du monde en activité, fondée en 1472, incarnait à elle seule tous les maux du secteur bancaire transalpin : créances douteuses à n’en plus finir, sauvetages publics à répétition, scandales comptables. Rome en détenait encore une part massive après l’avoir renflouée. Aujourd’hui, le même établissement se retrouve au cœur d’une bataille de pouvoir dont l’issue dessine la nouvelle carte des banques italiennes. Et cette bataille, Intesa Sanpaolo vient d’en prendre le contrôle.

La manœuvre désespérée de Lovaglio

Pour comprendre ce qui se joue, il faut remonter à la stratégie de Luigi Lovaglio, le patron de Monte dei Paschi. Son projet : mettre la main sur Banco BPM et Banca Generali. Sur le papier, l’opération avait une logique industrielle. Dans les faits, c’était surtout un pari défensif. Lovaglio cherchait à grossir vite, très vite, pour rendre sa banque trop grosse — ou trop chère — à avaler. Une tentative de la dernière chance, selon les termes de l’analyse publiée par Les Echos, pour repousser l’offensive menée par Intesa Sanpaolo.

Le calcul est classique dans le monde des fusions-acquisitions. Quand on devient une cible, on a deux options : se défendre en se rendant moins appétissant, ou passer à l’attaque pour changer soi-même de dimension. Lovaglio a choisi la seconde. Le problème, c’est qu’une acquisition de cette ampleur suppose du temps, des financements, et surtout l’adhésion des actionnaires et des régulateurs. Autant de maillons sur lesquels le dirigeant n’avait qu’une prise limitée.

La tentative a échoué. Et son échec ne laisse plus beaucoup de marge de manœuvre à la banque siennoise, désormais exposée à la volonté d’Intesa.

Pourquoi l’Italie se concentre à marche forcée

Ce duel n’a rien d’un accident isolé. Il s’inscrit dans un mouvement de fond qui agite les banques italiennes depuis plusieurs mois : une vague de consolidation comme le pays n’en avait pas connu depuis longtemps. UniCredit a relancé l’offensive l’an dernier en multipliant les signaux d’appétit, à la fois vers Commerzbank en Allemagne et vers des cibles domestiques. Chaque mouvement en provoque un autre. C’est l’effet domino propre à ces phases de recomposition : dès qu’un acteur bouge, les autres ne peuvent plus se permettre de rester immobiles, sous peine de devenir eux-mêmes des proies.

Il faut le dire clairement : l’Europe bancaire est encore trop fragmentée. Comparés aux géants américains, les établissements du continent restent petits, moins rentables, et handicapés par une union bancaire inachevée. Bruxelles et Francfort poussent discrètement à la consolidation depuis des années, convaincues que des banques plus grosses résisteraient mieux aux chocs. L’Italie, longtemps freinée par le poids de l’État et par la fragilité de certains de ses acteurs, rattrape aujourd’hui son retard à grande vitesse.

Dans ce contexte, Monte dei Paschi occupait une position particulière. Longtemps vue comme un fardeau, la banque avait fini par être assainie, au prix d’efforts considérables et d’argent public. Une fois nettoyée, elle redevenait intéressante. On ne rachète pas une banque pour ses problèmes, on la rachète pour son réseau, sa clientèle, ses dépôts. MPS, débarrassée de l’essentiel de ses casseroles, retrouvait de la valeur. Ce qui en faisait, paradoxalement, une cible.

Ce que la victoire d’Intesa change vraiment

Intesa Sanpaolo n’est pas n’importe quel acteur. C’est déjà le premier groupe bancaire italien, issu lui-même d’une longue série de fusions. En prenant l’avantage dans ce bras de fer, le groupe renforce une position déjà dominante et confirme son statut de force motrice de la recomposition en cours. La question n’est plus de savoir si le secteur va se concentrer, mais à quelle vitesse et autour de qui.

Pour les clients italiens, les conséquences de ces mouvements ne sont jamais neutres. Une concentration accrue peut améliorer la solidité des établissements et leur capacité à investir dans la technologie. Elle réduit aussi le nombre d’acteurs, donc potentiellement la concurrence sur les tarifs, les crédits et la rémunération de l’épargne. C’est le revers de la médaille que les régulateurs surveilleront de près.

Pour les lecteurs de la zone francophone, l’affaire mérite attention à plus d’un titre. L’Italie est l’un des grands marchés voisins de la France, et les banques transalpines ne sont pas isolées : UniCredit lorgne l’Allemagne, les groupes français observent attentivement ces repositionnements. Toute recomposition d’ampleur chez un grand voisin peut, à terme, influencer l’équilibre des forces à l’échelle européenne — y compris sur les marchés où les épargnants et entreprises du Maghreb entretiennent des liens bancaires avec l’Europe du Sud.

Reste une inconnue de taille : l’État italien. Rome a investi lourdement dans le sauvetage de Monte dei Paschi et sa sortie progressive du capital était censée se faire dans de bonnes conditions. La façon dont le Trésor gérera cette nouvelle phase pèsera sur le dénouement. Une chose est sûre : l’histoire de la plus vieille banque du monde est loin d’être terminée. Elle entre simplement dans un nouveau chapitre, écrit cette fois par un autre que son propre dirigeant.

Jean Claude Convenant