Un marché qui bâille. Voilà, en une image, l’état du Bitcoin en cette fin juillet. Le roi des cryptos, réputé pour ses accès de folie et ses nuits blanches, s’est offert le mois le plus soporifique depuis presque deux ans. Et le comble, c’est que ce calme plat survient à quelques heures d’un rendez-vous que les marchés surveillent d’habitude comme le lait sur le feu : la décision de la Réserve fédérale américaine sur ses taux directeurs.
Le volume au comptant tombe à son plancher de 2023
Selon la société d’analyse K33 Research, le volume d’échanges au comptant du Bitcoin s’apprête à boucler son mois le plus faible depuis novembre 2023. Concrètement, on parle d’un volume quotidien moyen qui oscille entre 2,2 et 2,3 milliards de dollars. Pour un actif capable, dans ses grands jours, de brasser plusieurs dizaines de milliards en vingt-quatre heures, c’est un signal clair : les acheteurs comme les vendeurs ont rangé leurs claviers.
Novembre 2023, ça ne vous dit peut-être rien. Rappelons le contexte. À l’époque, le marché sortait à peine du long hiver crypto, les fonds indiciels cotés (ETF) Bitcoin au comptant n’avaient pas encore reçu leur feu vert aux États-Unis — l’agrément est tombé en janvier 2024 — et l’euphorie des plus hauts historiques n’était qu’un lointain souvenir. Retrouver aujourd’hui des volumes comparables à cette période creuse en dit long sur l’apathie ambiante.
Le phénomène ne s’arrête pas au comptant. L’open interest, c’est-à-dire le montant total des positions ouvertes sur les marchés dérivés, s’est également tassé. Traduction pour les non-initiés : moins de paris à effet de levier, moins de spéculation, moins de nervosité. Les traders les plus agressifs ont, eux aussi, levé le pied. En plein cœur de l’été de l’hémisphère nord, ce n’est pas franchement une surprise. Les salles de marché tournent au ralenti, une bonne partie des professionnels est en vacances, et personne n’a envie de prendre un pari violent avant la rentrée.
Le divorce discret entre Bitcoin et le Nasdaq
C’est là que l’histoire devient intéressante. Depuis des années, on répète que le Bitcoin danse au rythme des marchés actions américains, et en particulier du Nasdaq, l’indice technologique. Quand les valeurs tech grimpaient, le Bitcoin suivait. Quand elles décrochaient, il plongeait de plus belle. Cette corrélation était devenue un dogme, au point que certains raillaient une cryptomonnaie devenue « un simple pari sur la tech avec plus de volatilité ».
Or, selon les observations rapportées par K33 Research, ce lien s’est distendu. Le Bitcoin et le Nasdaq ne marchent plus vraiment au même pas. Ce découplage n’est pas un détail technique réservé aux analystes. Il change potentiellement la manière dont l’actif va réagir aux annonces macroéconomiques — à commencer par celle de la Fed.
Pourquoi ? Parce que si le Bitcoin ne se comporte plus comme une action technologique, alors il n’a plus autant de raisons de bondir ou de s’effondrer sur un mot du président de la Fed, Jerome Powell. Un marché déconnecté du Nasdaq est un marché qui suit sa propre logique. Et cette logique-là, en ce moment, c’est celle de l’attente.
Une Fed qui pourrait ne rien déclencher
Voilà le paradoxe de ce mercredi soir. Normalement, une réunion de la Réserve fédérale, c’est le genre d’événement qui met les marchés sous tension. Une baisse de taux, et l’argent redevient bon marché : les actifs risqués — dont le Bitcoin fait partie — ont tendance à en profiter. Un statu quo ou un ton restrictif, et c’est l’inverse. La mécanique est bien huilée depuis des années.
Sauf que, cette fois, plusieurs éléments plaident pour une réaction en demi-teinte. D’abord, la décision est largement anticipée par les opérateurs, et un marché qui a déjà tout intégré dans les prix ne bouge plus beaucoup le jour J. Ensuite, comme on l’a vu, le Bitcoin s’est émancipé du Nasdaq : le canal de transmission habituel entre la politique monétaire américaine et le prix de la crypto s’est en partie grippé. Enfin, la liquidité est si faible que même un mouvement brutal manquerait de carburant pour s’installer dans la durée.
Faut-il pour autant s’ennuyer avec le marché ? Pas forcément. Ces phases de compression, où la volatilité se comprime et où plus personne ne bouge, précèdent souvent des mouvements violents. C’est un ressort que l’on tend. Personne ne sait dans quel sens il se détendra — et ce n’est surtout pas à un média de vous le dire —, mais l’histoire du Bitcoin est jalonnée de ces accalmies trompeuses suivies de secousses spectaculaires.
Pour les investisseurs francophones, qu’ils soient à Paris, Bruxelles, Genève ou Casablanca, la leçon est plus prosaïque. Un été calme est aussi un été où l’on peut réfléchir à froid, loin de la pression des sommets historiques et des FOMO estivaux. Les périodes de faible volume sont rarement les meilleures pour trader dans le vif, notamment parce que le manque de liquidité peut accentuer les écarts de prix et rendre les mouvements erratiques.
Reste une vérité que le calme actuel ne doit pas faire oublier : le Bitcoin demeure un actif extrêmement volatil, sans aucune garantie, et capable de reprendre du service sans prévenir. Le silence de juillet n’est peut-être que le calme avant la tempête de septembre. Ou pas. Sur ce marché, l’humilité reste le seul pari qui ne déçoit jamais.