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Bitcoin sous 65 000 $ : quand les missiles iraniens rappellent que le crypto n’est pas un refuge

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Il aura suffi de quelques minutes. À peine le bitcoin venait-il de toucher un plus haut mensuel autour de 65 500 dollars que le vent a tourné. Les Gardiens de la révolution iraniens ont revendiqué de nouvelles frappes contre des installations militaires américaines au Koweït et en Jordanie. Le marché n’a pas cherché à comprendre : il a vendu. Le BTC est retombé vers 64 000 dollars, effaçant une partie du rebond de 13 % engrangé depuis fin juin.

Voilà encore une démonstration, s’il en fallait une, que le bitcoin réagit aux tensions du monde réel exactement comme les autres actifs. Pas comme un abri. Comme un actif risqué de plus dans le portefeuille.

Le réflexe de sécurisation, plus fort que la conviction

Ce qui frappe ici, ce n’est pas l’ampleur de la baisse — quelques pour cent, rien de dramatique — mais sa rapidité. Après une progression de 13 % en trois semaines, beaucoup d’investisseurs étaient assis sur de jolis gains. Quand la géopolitique s’invite brutalement, le premier réflexe est mécanique : on encaisse une partie, on réduit l’exposition, on attend d’y voir plus clair.

Ce comportement en dit long. Pendant des années, une partie de la communauté crypto a vendu le bitcoin comme un « or numérique », une valeur refuge censée protéger des soubresauts géopolitiques. La réalité des dernières séances contredit poliment ce récit. Face à des frappes militaires, l’or physique et le dollar montent, le bitcoin baisse. Ce n’est pas un jugement sur la technologie ou sur son avenir. C’est simplement la manière dont les gestionnaires de risque traitent aujourd’hui l’actif : comme du risque, pas comme un coussin.

Il faut le dire clairement, car c’est un point souvent balayé sous le tapis dans les discussions enthousiastes : détenir du bitcoin en période de crise géopolitique, ce n’est pas se mettre à l’abri, c’est accepter une volatilité supplémentaire au pire moment.

Le pétrole, le vrai baromètre de la peur

Pendant que le bitcoin corrigeait, une autre courbe grimpait : celle du pétrole. Le Brent évolue désormais autour de 85 dollars le baril. Ce niveau n’a rien d’anecdotique. Il traduit une inquiétude précise : celle d’un embrasement au Moyen-Orient qui viendrait perturber le détroit d’Ormuz.

Ce goulot d’étranglement mérite qu’on s’y arrête. Coincé entre l’Iran et la péninsule arabique, il voit transiter une part considérable du pétrole mondial. Un blocage, même partiel, même symbolique, suffirait à faire flamber les cours. Et là, la mécanique devient redoutable pour tout le monde : pétrole cher égale inflation qui remonte, inflation qui remonte égale banques centrales moins pressées de baisser leurs taux, taux qui restent hauts égale pression sur tous les actifs risqués — les actions technologiques comme les cryptomonnaies.

C’est ce fil invisible qui relie une frappe militaire au prix de votre plein d’essence à Casablanca, Bruxelles ou Lyon, puis au cours du bitcoin sur votre écran. Tout est connecté, et le crypto, contrairement à sa promesse de départ, n’échappe pas à cette chaîne.

Fait notable : Wall Street, de son côté, reste proche de ses records. Les grandes places américaines encaissent les nouvelles avec un flegme presque déroutant. Cette divergence — actions solides, bitcoin qui tremble — rappelle que la crypto reste la partie la plus nerveuse, la plus émotive du marché. La première à vendre quand la peur monte, la première à racheter quand elle retombe.

Ethereum tire son épingle du jeu

Dans ce climat tendu, un actif surprend : Ethereum. Sur une semaine, l’ETH affiche une hausse d’environ 11 %, surperformant nettement le bitcoin. Ce genre de rotation, où l’attention se déplace du roi des cryptos vers la deuxième capitalisation, revient régulièrement dans les phases de marché indécises.

Faut-il y voir un signal fort ? Prudence. Une semaine de surperformance ne fait pas une tendance, et l’écosystème Ethereum a ses propres moteurs — activité sur les applications décentralisées, dynamique autour des ETF, mouvements de capitaux spéculatifs. Retenons surtout que le marché ne bouge pas d’un bloc. Quand un investisseur allège son bitcoin, l’argent ne disparaît pas forcément : il se réoriente, cherche du rendement ailleurs. Ethereum en profite pour l’instant.

Les niveaux qui vont dicter la suite

Techniquement, deux repères concentrent l’attention. En dessous, le seuil des 62 000 dollars fait office de plancher : c’est là que les acheteurs sont censés se manifester. Au-dessus, la barre des 65 000 dollars — celle-là même que le BTC vient d’effleurer avant de reculer — représente le mur à franchir pour relancer la dynamique haussière.

Entre les deux, le bitcoin joue les funambules. Une escalade au Moyen-Orient, un nouveau bond du pétrole, et le test des 62 000 dollars deviendrait vite le scénario du jour. À l’inverse, un apaisement diplomatique — même partiel — pourrait rapidement effacer cette secousse et renvoyer le BTC à l’assaut de son plus haut.

C’est toute la difficulté de l’exercice : les cours ne dépendent plus seulement des flux crypto ou des annonces réglementaires, mais d’événements militaires par nature imprévisibles. Personne, pas même les meilleurs analystes, ne sait ce que fera Téhéran demain matin.

Pour les épargnants francophones tentés par la crypto, la leçon de ces derniers jours est presque plus utile que le chiffre du cours. Le bitcoin peut monter vite. Il peut aussi se retourner en quelques minutes sur une dépêche. Cette volatilité fait partie du contrat, et aucun rebond passé ne garantit le suivant. Investir dans cet univers reste une prise de risque assumée, jamais un placement de bon père de famille.

Jean Claude Convenant