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Logements AADL, hôpital pédiatrique : ce que Tebboune a mis en scène pour le 64e anniversaire de l’indépendance

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Une gerbe de fleurs déposée au pied du Maqam Echahid, la Fatiha récitée à voix basse, puis les caméras qui filent vers l’ouest d’Alger. Ce dimanche 5 juillet, jour du 64e anniversaire de l’indépendance, Abdelmadjid Tebboune a enchaîné les rendez-vous à un rythme soutenu. Recueillement le matin, inaugurations à la chaîne dans la foulée. Le message était limpide : l’anniversaire de 1962 se célèbre désormais autant avec du béton et des scanners qu’avec des discours.

La veille, samedi 4 juillet, le chef de l’État était au Palais du peuple pour remettre grades et médailles aux officiers supérieurs de l’Armée nationale populaire. Une séquence protocolaire classique. Mais c’est le lendemain, sur le terrain, que le pouvoir a voulu donner à voir ses réalisations. Et le choix des projets n’a rien d’anodin.

Un hôpital pour enfants, symbole d’une souveraineté médicale revendiquée

À Mahelma, à l’ouest de la capitale, le président a inauguré l’« Hôpital Amar Boudjelab », un établissement spécialisé en cardiologie et chirurgie cardiaque pédiatriques. La présidence de la République, sur sa page Facebook officielle, parle d’un « édifice stratégique dans le système national de santé ». Les chiffres : 22 000 mètres carrés, 80 lits, sept services allant de la cardiologie pédiatrique à la transplantation d’organes, en passant par l’anesthésie-réanimation, la chirurgie vasculaire, l’imagerie et un laboratoire central.

Un détail mérite qu’on s’y arrête. La présidence insiste sur le fait que la prise en charge sera assurée « par des compétences algériennes spécialisées ». Ce n’est pas un hasard de communication. Pendant des décennies, des familles algériennes ont dû envoyer leurs enfants souffrant de malformations cardiaques se faire opérer à l’étranger — en France, en Tunisie, parfois plus loin. Un parcours coûteux, épuisant, réservé de fait à ceux qui pouvaient payer ou décrocher une prise en charge. Afficher un plateau technique de pointe opéré par des médecins formés localement, c’est répondre à cette blessure ancienne. Reste une question que l’inauguration ne tranche pas : celle de la maintenance des équipements et de la fidélisation des praticiens, deux points où le système hospitalier algérien a longtemps trébuché.

10 507 logements d’un coup : l’obsession qui structure le mandat

Dans la même zone, à Rahmania, Tebboune a inauguré un pôle urbain rattaché à la nouvelle ville de Sidi Abdellah. Son nom : celui du moudjahid et ancien ministre Ahmed Taleb Ibrahimi. Sa taille : 10 507 logements en formule AADL, la location-vente qui permet à un ménage d’accéder à la propriété par des versements échelonnés.

Dix mille cinq cent sept. Le chiffre en dit long sur la stratégie. Le logement est, depuis son arrivée au pouvoir, l’un des marqueurs politiques de Tebboune — au point qu’il a promis à plusieurs reprises la livraison de centaines de milliers d’unités par an. L’AADL, l’Agence nationale de l’amélioration et du développement du logement, incarne cette promesse d’un toit accessible aux classes moyennes, celles qui ne peuvent ni prétendre au logement social pur ni se payer le marché libre, devenu inabordable dans le Grand Alger.

Il faut le dire : dans un pays où la question du logement a nourri des tensions sociales récurrentes, livrer un pôle de cette ampleur un jour d’indépendance relève d’un calcul assumé. Le béton comme preuve de résultats. La difficulté, pour l’observateur, c’est qu’une inauguration ne dit rien du taux de raccordement réel, de l’arrivée des commerces, des écoles et des transports qui font qu’un « pôle urbain » devient un quartier vivant plutôt qu’une cité-dortoir posée dans le désert périurbain.

Ce que ces annonces disent de l’économie algérienne

Derrière la célébration, il y a une réalité budgétaire. Les grands programmes d’infrastructures — santé, logement, villes nouvelles — reposent en Algérie sur la dépense publique, elle-même adossée aux revenus des hydrocarbures. Quand le baril se porte bien, les chantiers avancent. Quand il chute, les livraisons ralentissent et les retards s’accumulent. C’est le talon d’Achille d’un modèle qui n’a pas encore trouvé de moteur de croissance vraiment diversifié.

Pour les Algériens, et pour la diaspora en France, en Belgique ou en Suisse qui suit ces annonces de loin, l’enjeu est concret. Un hôpital pédiatrique de référence peut réduire les évacuations sanitaires vers l’étranger. Un pôle de plus de 10 000 logements peut desserrer, un peu, la pression immobilière autour d’Alger. Mais la valeur réelle de ces projets ne se mesurera pas le jour du ruban coupé. Elle se mesurera dans deux, trois, cinq ans : les équipements tournent-ils toujours ? Les logements sont-ils habités et desservis ? Les patients sont-ils réellement pris en charge sur place ?

La fête de l’indépendance a offert les images. L’épreuve du temps, elle, dira si ces inaugurations relevaient de la démonstration politique ou du service public durable. Les deux, souvent, cohabitent. À charge pour les Algériens d’exiger que la seconde survive à la première.

Jean Claude Convenant