Une semaine après l’élimination et toujours pas de verdict. Ce samedi 11 juillet, le Bureau fédéral de la Fédération algérienne de football (FAF) s’est réuni pour statuer sur l’avenir de Vladimir Petkovic. Il en est ressorti… une commission. Autrement dit, une manière élégante de ne rien décider tout de suite.
« Le Bureau fédéral de la FAF a confié à une commission l’évaluation du bilan du sélectionneur national Vladimir Petkovic. Une décision sera prise dans l’intérêt de l’équipe nationale et du football algérien », a rapporté la Télévision algérienne. La FAF, elle, n’a même pas publié le compte-rendu de sa propre réunion. Le silence, souvent, en dit long.
Un divorce annoncé, puis suspendu
Reprenons le fil. Le vendredi 3 juillet, les Verts s’inclinent 0-2 face à la Suisse en seizièmes de finale du Mondial 2026. Fin de parcours prématurée, colère du public, plateaux sportifs en ébullition. Dès le lendemain, une source officielle confie à TSA que la FAF et le technicien suisse ont convenu d’une séparation à l’amiable, moyennant le paiement de deux mois de salaire.
La formule était limpide : « C’est impossible de continuer avec Petkovic, tout le peuple est contre lui. Un accord à l’amiable a été trouvé entre lui et la FAF. » Plusieurs médias ont relayé la même information. Le scénario semblait bouclé.
Sauf que le vendredi soir suivant, la Radio algérienne a jeté un pavé dans la mare : selon le média public, la fédération aurait finalement changé d’avis et décidé de maintenir le sélectionneur d’origine bosniaque. Deux versions officielles, deux directions opposées, en l’espace de quelques jours. Difficile de faire plus contradictoire.
Ce que cache une « commission d’évaluation »
Dans le langage feutré des institutions, créer une commission revient rarement à accélérer les choses. C’est un tampon. Un mécanisme qui permet de gagner du temps, de diluer la responsabilité et, accessoirement, de repousser le moment où il faudra assumer publiquement une décision impopulaire — quel que soit son sens.
Car le vrai sujet n’est pas seulement sportif. Il est financier et politique. Rappelons que la FAF avait prolongé le contrat de Petkovic début juin, quelques jours à peine avant le coup d’envoi du tournoi nord-américain. Une prolongation que beaucoup ont jugée incompréhensible, et qui pèse désormais lourd. Se séparer d’un entraîneur fraîchement prolongé n’a pas le même coût que remercier un technicien en fin de contrat. Une résiliation anticipée peut se chiffrer en indemnités substantielles.
C’est probablement là que le bât blesse. Entre un accord « à l’amiable » évoqué à deux mois de salaire et le maintien pur et simple, l’écart budgétaire est réel. La commission a peut-être aussi pour mission — non dite — d’arbitrer entre le coût politique du maintien et le coût financier du départ.
Un feuilleton devenu miroir de la gouvernance
Il faut le dire : ce genre de flottement n’est pas nouveau dans le football algérien, où les valses de sélectionneurs et les revirements de dernière minute rythment l’histoire de la sélection depuis des années. Les Fennecs ont connu des cycles glorieux — le titre continental de 2019 reste dans toutes les mémoires — mais aussi des périodes de turbulence institutionnelle où les décisions sportives semblaient prises sous la pression de l’opinion plutôt que sur la base d’un projet clair.
Et l’opinion, justement, ne pardonne pas. Le visage terne montré face à l’Argentine puis à la Suisse a cristallisé le rejet. Sur les réseaux, dans les cafés, sur les plateaux, l’unanimité s’est faite contre Petkovic. Dans ce contexte, maintenir le Suisse relèverait presque du défi lancé aux supporters. Le remercier, en revanche, obligerait à financer une sortie coûteuse tout en admettant l’erreur de la prolongation de juin.
Voilà pourquoi la FAF paraît coincée. Elle temporise, faute d’option confortable. La commission devient alors moins un outil d’analyse qu’un tampon amortisseur, le temps de trouver une porte de sortie qui ne froisse ni les finances de l’instance, ni son crédit auprès du public.
Reste une question que se posent des millions de supporters, d’Alger à Marseille en passant par Bruxelles : combien de temps encore la fédération peut-elle laisser la sélection sans cap ? Chaque semaine perdue, c’est du retard accumulé dans la préparation des prochaines échéances, notamment la Coupe d’Afrique des nations qui structure tout le calendrier des équipes du continent. Une sélection sans entraîneur clairement confirmé, c’est un vestiaire dans l’expectative et un staff technique en suspens.
Pour l’heure, aucune date n’a été communiquée pour la remise des conclusions de cette commission. Ce qui, en soi, prolonge le suspense. Et laisse penser que la FAF, plutôt que de trancher, préfère encore observer par quel bout l’orage passera. Le football aime les dénouements rapides. La gouvernance, elle, semble avancer à un tout autre tempo.