Aller au contenu
Actu
Kraken met un Bitcoin en jeu pour la Coupe du Monde 2026 : marketing malin ou piège à traders ?Ethereum veut séduire Wall Street : une nouvelle structure pour lever le dernier verrouBientôt, votre meilleur client sur un exchange crypto n’aura pas de nomRealT s’effondre : comment le rêve de l’immobilier tokenisé a viré au cauchemar pour ses investisseursDette à 117,5 % du PIB : Bruno Le Maire crie au « précipice » qu’il n’aurait pas creuséKraken met un Bitcoin en jeu pour la Coupe du Monde 2026 : marketing malin ou piège à traders ?Ethereum veut séduire Wall Street : une nouvelle structure pour lever le dernier verrouBientôt, votre meilleur client sur un exchange crypto n’aura pas de nomRealT s’effondre : comment le rêve de l’immobilier tokenisé a viré au cauchemar pour ses investisseursDette à 117,5 % du PIB : Bruno Le Maire crie au « précipice » qu’il n’aurait pas creusé
Marché Maghreb

Palais des congrès de Casablanca : pourquoi il faudra attendre 2027 pour savoir s’il verra le jour

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Une métropole de plus de trois millions d’habitants, poumon économique du Maroc, et toujours pas de véritable palais des congrès digne de ce nom. Le paradoxe dure depuis des années. Il vient de recevoir une nouvelle échéance : avant la fin du mois de juillet 2027, promet le ministre du Tourisme Fatim-Zahra Ammor — pardon, l’arbitrage relève ici de Mohamed Sajid puis, dans la déclaration rapportée par Médias24, de Mohamed Mehdi Bensaïd sur d’autres volets. Restons précis : c’est bien un engagement d’arbitrage définitif qui a été formulé, avec une date. Et cette date, à elle seule, en dit long sur l’état du dossier.

Car quand un responsable public annonce une réponse « définitive » avec deux ans de délai, il ne faut pas y voir une précipitation. Il faut y lire l’aveu d’un blocage qui dure. Le foncier, le financement : les deux verrous historiques du projet n’ont pas sauté. Ils sont simplement renvoyés à un rendez-vous futur.

Un serpent de mer casablancais

Casablanca vit depuis longtemps avec cette anomalie. La ville concentre les sièges bancaires, la Bourse, le port, l’aéroport international le plus fréquenté du royaume — et pourtant, quand il s’agit d’accueillir un grand congrès international, un salon professionnel d’envergure ou une convention d’entreprise de plusieurs milliers de personnes, elle bricole. Hôtels, espaces temporaires, structures dispersées. Le tourisme d’affaires, ce segment que les professionnels appellent le MICE (Meetings, Incentives, Conferences, Exhibitions), passe largement à côté de la capitale économique.

Le dossier, selon Médias24, revient aujourd’hui « au centre de la stratégie touristique régionale ». La formule mérite qu’on s’y arrête. Elle signifie que le projet n’est pas mort — il a survécu à plusieurs cycles politiques et administratifs. Mais elle signifie aussi qu’il n’a jamais franchi le cap de l’exécution. Entre figurer dans une stratégie et sortir de terre, il y a un gouffre que le Maroc connaît bien sur ses grands projets urbains.

Les deux obstacles cités ne sont pas anodins. Le foncier, d’abord : trouver, sécuriser et affecter un terrain de la taille requise pour un équipement de ce calibre, en plein cœur d’une agglomération dense où chaque mètre carré est disputé, relève du casse-tête. Le financement, ensuite : un palais des congrès représente un investissement lourd, souvent partagé entre l’État, la région, la commune et parfois des partenaires privés. Quand les responsabilités sont diluées, les décisions traînent.

Ce que révèle une échéance à deux ans

Il faut le dire clairement : promettre un arbitrage pour juillet 2027, ce n’est pas promettre un bâtiment pour juillet 2027. C’est promettre de trancher — sur l’emplacement, sur le montage financier, sur le porteur du projet. Autrement dit, on est encore à l’étape des décisions de principe, pas à celle des premiers coups de pioche.

Or le contexte impose son propre calendrier. Le Maroc coorganise avec l’Espagne et le Portugal la Coupe du monde de football 2030. Casablanca sera au centre de l’événement. Autour de ce rendez-vous planétaire, tout ce qui touche aux infrastructures d’accueil, à l’hôtellerie, aux équipements de prestige prend une dimension stratégique. Un palais des congrès moderne s’inscrirait naturellement dans cette dynamique. Encore faut-il que la décision de 2027 débouche assez vite sur une réalisation — et l’expérience des grands chantiers marocains invite à la prudence sur les délais.

Pour les acteurs économiques de la région — organisateurs d’événements, hôteliers, agences réceptives — cette temporalité a un coût concret. Chaque congrès international qui choisit Marrakech, Tanger, ou une capitale étrangère plutôt que Casablanca, c’est du chiffre d’affaires qui échappe à la ville. Le tourisme d’affaires génère des dépenses par visiteur nettement supérieures à celles du tourisme de loisirs, et il remplit les hôtels en semaine, pendant la basse saison. Un manque à gagner qui se chiffre, année après année.

La crédibilité de l’engagement en question

Reste la question qui brûle les lèvres : faut-il croire à cette date ? Le scepticisme est légitime. Un dossier « bloqué depuis plusieurs années », pour reprendre les termes de Médias24, ne se débloque pas par une simple déclaration d’intention. Ce qui changera la donne, ce sont les décisions techniques et budgétaires qui suivront — l’affectation d’un terrain, la ligne dans une loi de finances, la désignation d’un maître d’ouvrage.

À notre avis, le vrai test ne sera pas l’échéance de juillet 2027 elle-même, mais les signaux intermédiaires. Une étude de faisabilité relancée, un site identifié, un tour de table financier esquissé : voilà ce qui distinguerait une promesse tenable d’un énième report déguisé. Sans ces jalons visibles, la date de 2027 risque de rejoindre la longue liste des annonces qui ponctuent l’histoire de ce projet.

Casablanca a les atouts d’une grande destination de congrès : la connectivité aérienne, le tissu économique, l’attractivité régionale sur l’axe Afrique-Europe. Ce qui lui manque, ce n’est ni le potentiel ni la volonté affichée. C’est la capacité à transformer une intention répétée en équipement livré. L’engagement de juillet 2027 sera jugé là-dessus, et nulle part ailleurs.

Jean Claude Convenant