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Marché Maghreb

Air Algérie vise l’Afrique et la Chine : cinq lignes qui dessinent une stratégie de hub

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Shanghai au départ d’Alger. Il y a dix ans, l’idée aurait fait sourire. Aujourd’hui, c’est une date sur un calendrier : le 26 octobre 2026. Air Algérie vient d’annoncer, ce samedi 24 octobre, le lancement de cinq nouvelles liaisons internationales. Et derrière cette liste de destinations se cache une ambition qui dépasse largement le simple ajout de trajets : transformer l’aéroport d’Alger en véritable carrefour entre l’Afrique et le reste du monde.

Les cinq villes concernées ? Conakry, Brazzaville, Lagos, Shanghai et Tripoli. Quatre en Afrique, une en Asie. Le choix n’a rien d’anodin. La compagnie nationale le dit elle-même : il s’agit de renforcer le « maillage du réseau aérien » sur le continent et d’accompagner « l’ouverture de l’Algérie sur son environnement continental ». Traduction : Alger veut peser davantage sur les routes africaines, là où les échanges économiques explosent et où la concurrence des grandes compagnies du Golfe et d’Éthiopie est féroce.

Un calendrier serré sur une seule semaine

Les dates, d’abord, parce qu’elles disent quelque chose de la méthode. Tout se joue en l’espace de quatre jours, en octobre 2026 :

  • Alger – Conakry : 25 octobre 2026
  • Alger – Brazzaville : 26 octobre 2026
  • Alger – Lagos : 26 octobre 2026
  • Alger – Shanghai : 26 octobre 2026
  • Alger – Tripoli : 28 octobre 2026

Lancer trois liaisons le même jour, c’est une opération logistique lourde. Cela suppose des appareils disponibles, des équipages formés, des accords bilatéraux validés et des créneaux horaires obtenus dans des aéroports parfois saturés. Le fait qu’Air Algérie annonce ce programme un an à l’avance n’est pas un détail : la compagnie a reçu récemment son sixième Airbus A330-900neo, baptisé « Ras El Afia » en hommage à Jijel. Ces appareils long-courriers sont précisément ceux qu’il faut pour relier Alger à l’Afrique centrale et à l’Asie dans de bonnes conditions économiques.

Car il faut le dire : une ligne long-courrier ne se rentabilise pas du jour au lendemain. Lagos ou Shanghai, ce sont des marchés qu’il faut construire, fidéliser, alimenter en passagers d’affaires comme en fret. Le pari est donc autant industriel que commercial.

La Chine, obsession assumée

C’est peut-être le signal le plus parlant de cette annonce. Avec Shanghai, Air Algérie portera à trois le nombre de villes chinoises desservies, après Pékin et Guangzhou. Trois lignes vers un même pays : aucune autre destination lointaine ne bénéficie d’un tel traitement.

Rien d’étonnant. La Chine est devenue l’un des premiers partenaires commerciaux de l’Algérie, et les flux d’hommes d’affaires, d’ingénieurs et de marchandises entre les deux pays n’ont cessé de croître ces dernières années. Shanghai, capitale économique et financière chinoise, complète logiquement Pékin, le pôle institutionnel, et Guangzhou, plaque tournante du commerce et de l’approvisionnement. La compagnie parle elle-même d’« étendre la desserte du marché chinois ».

On devine la logique : capter une clientèle d’opérateurs économiques qui, jusqu’ici, devait souvent transiter par Istanbul, Doha ou Dubaï pour rejoindre la Chine. Chaque vol direct gagné sur ces hubs concurrents, c’est du chiffre d’affaires rapatrié et une dépendance réduite. Reste à savoir si la demande suivra au niveau nécessaire pour remplir les cabines. C’est tout l’enjeu.

Alger, hub africain : ambition ou mirage ?

L’idée de faire d’Alger un hub n’est pas neuve, et c’est là qu’il faut rester lucide. L’Afrique du Nord compte déjà des aéroports qui aspirent à ce rôle, et sur le continent, Addis-Abeba s’est imposée comme la référence grâce à Ethiopian Airlines, devenue une machine redoutable pour connecter l’Afrique au reste du monde. Casablanca, avec Royal Air Maroc, joue aussi cette carte depuis longtemps vers l’Afrique de l’Ouest.

Air Algérie arrive donc sur un terrain occupé. Conakry, Brazzaville, Lagos : ces villes sont déjà desservies par plusieurs compagnies. Pour s’y imposer, il faudra des tarifs compétitifs, des correspondances fluides à Alger et une ponctualité qui inspire confiance aux voyageurs d’affaires. L’ajout de Tripoli, voisine libyenne, relève d’une autre logique, plus régionale et liée à la reprise progressive des liaisons avec un pays longtemps instable.

Que retenir pour le lecteur, qu’il soit à Alger, à Paris ou à Montréal avec de la famille au bled ? À terme, davantage de lignes directes signifie potentiellement moins d’escales interminables et une offre élargie. Mais « potentiellement » est le mot clé : tout dépendra des fréquences réelles, des prix pratiqués et de la capacité de la compagnie à tenir ses promesses de connectivité.

Ces cinq lignes ne sont pas une révolution en soi. Elles sont le symptôme d’une stratégie plus large, où Alger tente de se positionner comme une porte d’entrée entre trois continents. Le calendrier est fixé, les avions arrivent. Il faudra observer, dans un an, si les appareils décollent pleins — ou à moitié vides. C’est là, et nulle part ailleurs, que se jugera la réussite du projet.

Jean Claude Convenant