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Novartis : deux revers en une semaine, et la question qui fâche sur son pipeline

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Deux mauvaises nouvelles en quelques jours. Pour un laboratoire dont la valeur repose largement sur les promesses de sa recherche, c’est le genre de séquence qui laisse des traces. Novartis, l’un des poids lourds de la pharmacie mondiale, vient d’enchaîner deux revers sur des traitements expérimentaux. Rien de fatal en soi. Mais assez pour rappeler une vérité que le marché préfère parfois oublier : dans ce secteur, la frontière entre le blockbuster de demain et l’impasse coûteuse tient souvent à quelques données cliniques.

Quand la science déçoit, l’action trinque

Le mécanisme est toujours le même. Un laboratoire investit des centaines de millions, parfois des milliards, dans le développement d’une molécule. Il communique sur son potentiel. Les analystes intègrent des ventes futures dans leurs modèles. Et puis un essai clinique livre des résultats en deçà des attentes, ou un régulateur freine des quatre fers. L’édifice de valorisation, construit sur des anticipations, se met à vaciller.

C’est précisément ce qui vient de se jouer chez Novartis, selon l’analyse publiée par Les Echos dans sa rubrique Le radar des marchés. Deux traitements en développement ont connu des déconvenues rapprochées, ce qui suffit à installer un climat de méfiance autour du groupe helvétique. Le titre de l’article, « Novartis, sous perfusion de doutes », dit bien l’ambiance : ce n’est pas la crise, mais c’est le doute qui s’infiltre.

Il faut le comprendre : la pharmacie est peut-être le seul secteur où une entreprise peut perdre plusieurs milliards de capitalisation en une matinée à cause d’un tableau de chiffres publié dans une revue médicale. Rien à voir avec un rapport trimestriel de ventes. Ici, ce sont les taux de réponse, les effets secondaires, les comparaisons avec un placebo qui font ou défont une thèse d’investissement.

Le talon d’Achille de tout laboratoire : le renouvellement

Pourquoi ces revers pèsent-ils autant, au-delà de leur impact immédiat ? Parce qu’ils touchent au cœur du modèle. Un laboratoire pharmaceutique vit sous une menace permanente : la falaise des brevets. Chaque médicament vedette finit par tomber dans le domaine public, ouvrant la voie aux génériques et faisant s’effondrer les marges. Pour survivre, il faut donc en permanence sortir de nouveaux produits capables de prendre le relais.

C’est là que le pipeline — le portefeuille de traitements en développement — devient l’actif le plus scruté. Chaque candidat-médicament est une pièce d’un puzzle censé garantir les revenus de la décennie suivante. Quand deux de ces pièces se dérobent coup sur coup, la question surgit naturellement : le relais de croissance est-il aussi solide qu’on le pensait ?

Novartis n’est évidemment pas un cas isolé. Tous les grands du secteur, de Roche à Sanofi en passant par Pfizer, vivent au rythme de ces succès et de ces échecs. L’histoire du médicament est jonchée de projets prometteurs abandonnés en phase avancée, après des années d’efforts. Selon les estimations couramment admises dans l’industrie, seule une petite minorité des molécules entrant en essais cliniques franchit toutes les étapes jusqu’à la commercialisation. L’échec fait partie du métier. Le problème, c’est sa concentration dans le temps et son effet sur la perception des investisseurs.

Ce que cela dit aux investisseurs francophones

Pour un épargnant en France, en Belgique ou en Suisse, le secteur pharmaceutique a longtemps incarné la valeur refuge par excellence. Des dividendes réguliers, une demande structurellement croissante avec le vieillissement des populations, une certaine insensibilité aux cycles économiques. On tombe malade que l’économie aille bien ou mal. Cette réputation de défensive n’est pas usurpée sur le long terme.

Mais l’épisode Novartis rappelle qu’une valeur défensive n’est pas une valeur sans risque. La volatilité liée aux annonces cliniques peut être brutale et imprévisible. Un investisseur qui achète un laboratoire achète, qu’il le veuille ou non, un pari sur des résultats scientifiques qu’il n’est pas en mesure d’évaluer lui-même. C’est un aléa qui n’a rien à voir avec les fondamentaux financiers classiques.

Pour les lecteurs du Maghreb, l’enjeu est aussi celui de l’accès aux traitements : les décisions des grands laboratoires sur leurs pipelines, leurs échecs comme leurs succès, finissent par conditionner ce qui arrivera un jour dans les pharmacies de Casablanca, Alger ou Tunis. Ce qui se décide dans les laboratoires bâlois n’est pas une abstraction lointaine.

Un revers n’est pas une déroute

Faut-il pour autant enterrer Novartis ? Certainement pas, et ce n’est pas la lecture qui s’impose. Un groupe de cette taille dispose d’un portefeuille diversifié, de produits déjà sur le marché qui génèrent des revenus considérables, et d’une capacité financière à absorber les échecs. Deux revers, aussi désagréables soient-ils, ne résument pas à eux seuls la trajectoire d’une entreprise qui pèse parmi les plus grandes capitalisations européennes.

À notre avis, l’intérêt de cette séquence est ailleurs. Elle sert de piqûre de rappel salutaire. Investir dans la pharmacie, c’est accepter une part d’incertitude scientifique irréductible. Les belles histoires de croissance reposent sur des molécules qui doivent encore faire leurs preuves. Le doute qui plane aujourd’hui sur Novartis se dissipera peut-être vite, au gré d’une bonne nouvelle clinique. Ou il s’installera. Personne, à ce stade, ne peut le dire avec certitude — et c’est précisément là que réside le risque.

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Les valeurs du secteur pharmaceutique présentent une volatilité liée aux résultats cliniques et réglementaires. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.

Jean Claude Convenant