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Un faux gendarme au téléphone, et votre compte se vide : l’arnaque qui inquiète l’Algérie

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un appel qui semble officiel. Une voix posée, un ton d’autorité, peut-être même le mot « gendarmerie » qui s’affiche sur l’écran. Puis la demande, glissée l’air de rien : votre numéro de carte, votre code confidentiel, une « vérification de sécurité ». Quelques minutes plus tard, le compte est vide.

Ce scénario n’a rien d’hypothétique. Dans un communiqué conjoint publié ce dimanche 19 juillet, le commandement de la Gendarmerie nationale et la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) ont sonné l’alerte sur une escroquerie qui prend de l’ampleur en Algérie. Des individus se font passer pour des agents des forces de l’ordre afin de soutirer aux citoyens leurs données bancaires. Et, selon les autorités elles-mêmes, plusieurs personnes s’y sont déjà laissées prendre.

Le ressort du piège : votre confiance dans l’uniforme

L’arnaque ne repose sur aucune prouesse technique spectaculaire. Elle exploite quelque chose de bien plus solide : le réflexe de coopérer quand un représentant de l’État vous appelle. Qui oserait raccrocher au nez d’un gendarme ? Qui refuserait de « collaborer » à une prétendue enquête ?

C’est précisément ce ressort psychologique que les escrocs actionnent. Le communiqué le formule sans détour : ces malfaiteurs « exploitent la confiance des citoyens dans les institutions officielles ». Ils contactent leurs cibles par téléphone, par SMS ou via les réseaux sociaux, puis réclament des informations personnelles ou les coordonnées de la carte et du compte bancaire.

Le résultat, toujours selon les deux corps de sécurité, est sans appel : « un certain nombre de citoyens » se sont fait dérober leurs fonds après avoir divulgué leurs données confidentielles.

La règle qui ne souffre aucune exception

Face à ce phénomène, la Gendarmerie et la DGSN martèlent un message qu’il faut graver quelque part : leurs unités ne demandent jamais, par aucun canal, les données d’une carte bancaire ou un code secret. Jamais. Ni par téléphone, ni par SMS, ni par message privé.

C’est là un principe universel, valable bien au-delà des frontières algériennes. Aucune banque, aucune administration, aucun service de police digne de ce nom ne vous réclamera votre code confidentiel. Ce chiffre, par définition, ne se partage pas — c’est même toute sa raison d’être. Dès qu’un interlocuteur le demande, quel que soit le titre dont il se pare, le doute doit être total.

Les autorités appellent donc à une « vigilance et une prudence maximales » : ne communiquer aucune information personnelle ou bancaire, peu importe le moyen de communication utilisé, peu importe la qualité invoquée par l’interlocuteur. La formule est volontairement absolue. Elle ne laisse pas de place à l’exception « juste cette fois-ci ».

Deux numéros verts sont mis à disposition pour signaler toute tentative : le 1055 et le 1548. Et le réflexe compte autant que le signalement : en alertant rapidement, on protège son argent, mais aussi celui des suivants sur la liste des escrocs.

Une vague qui dépasse l’Algérie

Ce type de fraude porte un nom dans le jargon de la cybersécurité : l’« ingénierie sociale ». Plutôt que de forcer un système informatique, l’escroc manipule directement l’humain. C’est aujourd’hui l’une des formes de délinquance financière les plus répandues dans le monde, précisément parce qu’elle ne nécessite ni matériel sophistiqué ni compétence de hacker chevronné. Un téléphone, un discours bien rodé, et un carnet de numéros suffisent.

En France, la gendarmerie et la plateforme Cybermalveillance.gouv.fr recensent des variantes très proches depuis des années : faux conseillers bancaires, faux agents du fisc, faux techniciens Microsoft. Le Maghreb n’échappe pas à cette dynamique, à mesure que la bancarisation progresse et que les paiements en ligne se généralisent. Plus il y a de comptes accessibles à distance, plus la cible est large.

Il faut le dire clairement : la meilleure protection reste le sang-froid. Un vrai service de sécurité ne vous mettra jamais sous pression pour obtenir un chiffre dans la minute. L’urgence artificielle — « votre compte va être bloqué », « agissez immédiatement » — est précisément la signature de l’arnaque. Elle vise à court-circuiter votre réflexion.

Quelques garde-fous simples réduisent drastiquement le risque :

  • Ne jamais communiquer un code secret, un code reçu par SMS ou les données complètes d’une carte, à qui que ce soit.
  • Raccrocher en cas de doute, puis rappeler soi-même le numéro officiel de sa banque ou du service concerné.
  • Se méfier de tout affichage de numéro : l’identifiant d’appelant peut être falsifié.
  • Signaler l’incident, même sans avoir été victime, pour nourrir le travail des enquêteurs.

Les deux institutions ont réaffirmé leur engagement à poursuivre la lutte contre la cybercriminalité et à mieux sensibiliser le public aux nouvelles méthodes de fraude. C’est un combat de fond, où la technologie évolue vite mais où l’arme la plus efficace reste, paradoxalement, la plus ancienne : la prudence. Un doute, une seconde d’hésitation, et le piège se referme dans le vide.

Jean Claude Convenant