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Marché Maghreb

400 conteneurs en un jour : l’Algérie met en scène son pari hors pétrole

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Quatre cents conteneurs. Un seul jour. C’est le chiffre qu’avance Mohamed Daas, directeur général de Condor, le géant de l’électroménager installé à Bordj Bou Arreridj. Le 7 novembre, son groupe doit charger des produits électroménagers et de la charpente métallique à destination de la Tunisie, de l’Égypte, de la Jordanie, de la Libye et de la Mauritanie. Et Condor ne sera pas seul sur les quais.

Une opération coordonnée depuis le ministère de l’Intérieur

L’organisation de cette campagne d’exportation sort un peu de l’ordinaire. Ce n’est pas le ministère du Commerce extérieur qui tient la barre, mais celui de l’Intérieur et des Collectivités locales. La logique ? Mobiliser les entreprises wilaya par wilaya, région par région, pour donner un visage territorial à l’effort national. Le tout calé sur une date hautement symbolique : le 72e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération, le 1er novembre 1954.

Le message est lisible. En associant la mémoire de l’indépendance à une démonstration de force économique, Alger entend prouver que le pays sait produire autre chose que du gaz et du pétrole. Condor, Iris et Faderco ont confirmé leur participation à TSA, qui a révélé l’information. Trois noms qui, à eux seuls, résument l’ambition : l’électroménager, l’électronique grand public et l’hygiène.

Faderco, leader algérien des produits hygiéniques, prévoit d’expédier une cinquantaine de conteneurs. Destinations : les États-Unis, le Royaume-Uni, la Tunisie et la Côte d’Ivoire. « Nous allons exporter des produits hygiéniques et de la matière première vers ces pays », précise Amor Habes, le PDG du groupe. Le détail compte : vendre de la matière première transformée, et pas seulement du produit fini, c’est remonter d’un cran dans la chaîne de valeur. Exactement ce que l’Algérie cherche à faire depuis des années.

Derrière le symbole, un objectif chiffré

Les opérations de ce type ne sont pas nouvelles. Le 11 avril déjà, le pays avait lancé une campagne d’exportation vers 19 pays, avec des entreprises réparties dans treize wilayas : El M’Ghair, Mostaganem, Relizane, Oran, Tizi Ouzou, Sétif, Jijel, Alger, Bordj Bou Arreridj, Annaba, Béjaïa, Skikda et Biskra. Le départ des marchandises depuis l’aéroport Houari Boumediene, pour la part aérienne, disait déjà la volonté de médiatiser l’évènement.

Au-delà de la mise en scène, les chiffres racontent une trajectoire. Sur les huit premiers mois de 2026, l’Algérie a exporté pour 4 milliards de dollars de produits hors hydrocarbures. L’objectif affiché pour l’année complète est de 5 milliards, selon Zohir Moussaoui, directeur central au ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, qui s’exprimait le 18 octobre.

Faisons le calcul rapide. Quatre milliards en huit mois, cela donne une moyenne mensuelle de 500 millions de dollars. Pour atteindre les cinq milliards sur douze mois, il faudrait réaliser un milliard supplémentaire sur le dernier trimestre, soit un peu plus de 330 millions par mois. L’objectif paraît donc à portée, voire conservateur. D’où, peut-être, ces opérations groupées destinées à accélérer la cadence et à verrouiller le résultat avant la fin de l’exercice.

Ce que cela dit de l’économie algérienne

Il faut remettre ces montants en perspective. Cinq milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures, c’est une somme à saluer au regard du quasi-néant d’il y a dix ans, quand le hors-pétrole plafonnait autour de deux milliards. Mais c’est aussi une fraction modeste comparée aux recettes tirées des hydrocarbures, qui continuent de représenter l’écrasante majorité des devises du pays. La dépendance au gaz et au pétrole reste la grande affaire de l’économie algérienne, et une campagne d’exportation, aussi spectaculaire soit-elle, ne la résout pas.

Ce qui frappe, en revanche, c’est la géographie des débouchés. Les voisins maghrébins et sahéliens — Tunisie, Libye, Mauritanie — tiennent une place centrale. Logique : proximité, frais de transport réduits, marchés moins exigeants en certifications. Mais on note aussi des destinations plus ambitieuses, les États-Unis et le Royaume-Uni pour Faderco, l’Égypte et la Jordanie pour Condor. Ces marchés-là ne se gagnent pas avec un conteneur isolé. Ils supposent des normes, un service après-vente, une régularité dans les volumes. C’est là que se jouera la crédibilité de l’export algérien dans la durée.

Car une opération ponctuelle, aussi photogénique soit-elle, ne construit pas une base d’exportation pérenne. Ce qui compte, c’est la répétition : des entreprises capables de livrer mois après mois, de respecter des cahiers des charges, d’absorber les aléas logistiques. Le vrai test viendra après le 7 novembre, quand les projecteurs se seront éteints et qu’il faudra transformer l’évènement en flux continu.

Pour les lecteurs du Maghreb, l’enjeu est concret. Un tissu industriel algérien qui monte en puissance, c’est davantage de concurrence régionale, mais aussi des produits locaux circulant plus librement entre pays voisins, dans une zone où les échanges intra-maghrébins restent étonnamment faibles. Le 7 novembre donnera une photographie. Reste à savoir si elle deviendra un film.

Jean Claude Convenant