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Maroc : le déficit extérieur plombe la croissance de 3,8 points en 2025

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

3,8 points. C’est la ponction que le déficit extérieur devrait exercer sur la croissance marocaine en 2025, contre 2,5 points en 2024, selon les calculs relayés par Médias24. Un chiffre technique, presque aride sur le papier — et pourtant, il raconte à lui seul une bonne partie de ce qui grippe le modèle de croissance marocain actuel. Décortiquons-le.

D’où vient ce chiffre : la mécanique comptable derrière le PIB

Rappel utile pour la suite : le PIB se décompose en quatre grandes composantes — la consommation des ménages, l’investissement, les dépenses publiques, et le solde extérieur, c’est-à-dire les exportations moins les importations. Chacune contribue positivement ou négativement à la croissance affichée. Quand les importations progressent plus vite que les exportations, le solde extérieur devient négatif et vient soustraire des points de croissance au total, même si la consommation et l’investissement, eux, tirent dans le bon sens.

C’est cette contribution négative, isolée des trois autres composantes, que mesurent les 3,8 points de 2025. Autrement dit : sans ce phénomène, et toutes choses égales par ailleurs, la croissance marocaine afficherait un chiffre sensiblement plus élevé que celui publié officiellement.

Un bond de 1,3 point en un an : accident ou tendance ?

Le vrai signal, ce n’est pas le niveau du chiffre, c’est sa trajectoire. Passer de 2,5 à 3,8 points en un an représente une aggravation de 1,3 point, ce qui est loin d’être anodin sur une variable macroéconomique de ce type, généralement plus inertielle. Une variation de cette ampleur sur une seule année pousse à chercher une explication structurelle plutôt qu’un simple aléa statistique.

Deux pistes se dégagent, sans s’exclure mutuellement. D’une part, les grands chantiers d’infrastructure liés notamment aux préparatifs de la Coupe du Monde 2030 génèrent une demande accrue en matériaux et équipements, dont une partie non négligeable est importée faute de capacité de production suffisante sur le territoire. D’autre part, la capacité du tissu productif marocain — agroalimentaire, biens intermédiaires, équipements — à répondre à une demande intérieure croissante semble marquer le pas, ce qui interroge plus largement la stratégie de substitution aux importations poursuivie depuis plusieurs années.

Comment situer ce chiffre : les limites de la comparaison régionale

On serait tenté de comparer ce 3,8 points à ceux de l’Algérie ou de la Tunisie pour juger de la gravité relative de la situation marocaine. Prudence toutefois : les méthodologies de calcul de la contribution du solde extérieur à la croissance varient d’un institut statistique à l’autre, et des données comparables, à jour et publiques, ne sont pas toujours disponibles au même moment pour les trois pays. Ce que l’on peut affirmer sans risque, en revanche, c’est que la dépendance aux importations énergétiques et industrielles constitue une vulnérabilité structurelle partagée par l’ensemble des économies maghrébines — le Maroc n’est pas un cas isolé, il est simplement le pays pour lequel la donnée vient d’être rendue publique avec cette précision.

Ce que cela signifie concrètement pour vous

Si vous êtes un particulier ou un investisseur avec des intérêts au Maroc — diaspora, transferts de fonds, projet immobilier, portefeuille d’actions marocaines — ce chiffre n’est pas qu’une statistique académique. Un déficit extérieur qui se creuse pèse, à moyen terme, sur la valeur du dirham et peut influencer les arbitrages budgétaires du gouvernement : subventions, fiscalité, régulation des changes. Ce sont des paramètres qui touchent directement le coût de la vie et le rendement des placements.

Pour les entreprises françaises en relation commerciale avec le Maroc, la lecture est double : un risque macroéconomique à surveiller, mais aussi une opportunité concrète, le Royaume cherchant activement à substituer une partie de ses importations par une production locale — ce qui ouvre la porte à des partenariats industriels, des transferts de savoir-faire et des co-investissements.

Ce qu’il faut retenir

  • Le déficit extérieur ampute la croissance marocaine de 3,8 points en 2025, contre 2,5 points en 2024, selon les calculs relayés par Médias24.
  • Ce chiffre mesure la contribution négative du solde extérieur (exportations moins importations) au PIB, l’une des quatre composantes classiques de la croissance.
  • L’aggravation de 1,3 point en un an dépasse le simple aléa statistique et pointe vers des causes structurelles : chantiers liés au Mondial 2030, capacité de production locale insuffisante.
  • La comparaison régionale doit être maniée avec prudence, faute de méthodologies strictement comparables entre pays maghrébins.
  • Pour les épargnants et entreprises en lien avec le Maroc, ce chiffre a des implications concrètes sur le dirham, la fiscalité et les opportunités de co-investissement industriel.

Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement. Les informations présentées ne tiennent pas compte de votre situation personnelle. Tout investissement comporte des risques, y compris la perte du capital investi. LittleCreek ne perçoit aucune rémunération de la part des entités mentionnées dans ses articles.

Jean Claude Convenant