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Marché Maghreb

Déficit commercial : comment les importations étouffent la croissance marocaine en 2025

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Le Maroc n’a pas un problème de croissance. Il a un problème de fuite. Chaque dirham dépensé dans l’économie marocaine ne reste plus, à due proportion, dans l’économie marocaine : il repart vers l’étranger sous forme d’importations, et ampute mécaniquement le PIB au passage. En 2025, cette hémorragie devrait coûter 3,8 points de croissance au Royaume, contre 2,5 points en 2024. Derrière ce chiffre, un mécanisme structurel qui mérite d’être décortiqué, pas seulement constaté.

Comment on en est arrivé là

Le point de bascule remonte à 2022. La sécheresse frappe l’agriculture, longtemps l’un des moteurs de la croissance marocaine — un secteur qui, à lui seul, peut faire varier le PIB de plusieurs points d’une année sur l’autre selon la pluviométrie. Puis viennent les séismes de 2023 et leur chantier de reconstruction, qui appellent des matériaux et des équipements que l’industrie locale ne produit pas en quantité suffisante. Ajoutez à cela des chocs énergétiques internationaux à répétition, et vous obtenez une économie qui importe de plus en plus, année après année, sans jamais retrouver une véritable respiration.

Réduire le problème à une série de chocs conjoncturels serait pourtant une erreur de lecture. Ce qui se joue est plus profond, et plus durable.

Trois moteurs, une même fuite

Des investissements publics tournés vers l’étranger

Le Maroc investit massivement — c’est même l’un des points forts régulièrement salués de sa trajectoire économique. Le problème n’est pas le volume de l’investissement, c’est sa composition. Les grands chantiers d’infrastructure (transport, énergie, eau) importent une part significative de leurs équipements et de leur expertise technique. Nécessaire à court terme, cette dépendance prive l’économie locale d’un effet multiplicateur qu’elle pourrait capter si une base industrielle plus dense existait.

Une compétitivité qui s’érode

Le coût de l’énergie, les tarifs portuaires, la lourdeur administrative : chacun de ces facteurs, pris isolément, semble marginal. Cumulés, ils rendent la production marocaine moins compétitive, y compris face à des voisins maghrébins qui ne sont pourtant pas des modèles d’efficacité industrielle. Résultat : quand la demande intérieure augmente, elle profite d’abord aux fournisseurs étrangers, faute de capacité locale à absorber ce surcroît de commandes dans des délais et à des prix concurrentiels.

Une intégration maghrébine restée sur le papier

La zone de libre-échange maghrébine existe en théorie depuis des décennies. Dans les faits, le commerce intra-régional reste marginal, ce qui pousse mécaniquement les importateurs marocains vers des marchés plus lointains — Asie, Europe — souvent plus onéreux en devises que ne le seraient des échanges de proximité avec l’Algérie ou la Tunisie. C’est un angle mort récurrent des politiques commerciales maghrébines depuis des décennies, et il continue de peser.

Ce que cela signifie pour la France et le Maghreb

Pour les entreprises françaises exportatrices, cette dynamique a un double visage. À court terme, un Maroc qui importe davantage, c’est un débouché commercial qui s’élargit : la France reste l’un des principaux fournisseurs du Royaume. Mais à moyen terme, un partenaire commercial dont la croissance est structurellement amputée par ses propres importations est aussi un partenaire plus fragile, avec un pouvoir d’achat et une capacité d’investissement qui progressent moins vite qu’espéré.

Pour l’Algérie et la Tunisie, le diagnostic est transposable presque tel quel : une dépendance structurelle à l’extérieur, sans que l’intégration régionale ne vienne en amortir le coût. Trois économies maghrébines, trois trajectoires distinctes, mais une même vulnérabilité collective face aux chocs commerciaux externes — et c’est, à notre sens, un sujet que les instances régionales devraient remettre sur la table plutôt que de le laisser en sommeil depuis des décennies.

Ce qu’il faut retenir

  • Le déficit extérieur ampute la croissance marocaine de 3,8 points en 2025, contre 2,5 points en 2024 — une dégradation qui n’est pas un accident conjoncturel.
  • Trois moteurs structurels expliquent cette fuite : des investissements publics à forte composante importée, une compétitivité industrielle locale insuffisante, et une intégration commerciale maghrébine restée théorique.
  • Pour la France, c’est un débouché commercial à court terme mais un partenaire fragilisé à moyen terme.
  • Pour l’Algérie et la Tunisie, le même diagnostic structurel s’applique, avec une vulnérabilité régionale partagée face aux chocs externes.
  • Sans renforcement de la base industrielle locale et de l’intégration régionale, la dépendance aux importations devrait continuer de peser sur la croissance marocaine dans les années qui viennent.

Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement. LittleCreek ne perçoit aucune rémunération de la part des entités mentionnées dans ses articles.

Jean Claude Convenant