À trois jours de l’Aïd El-Adha, prévu mercredi 27 mai, l’Algérie court contre la montre pour finaliser son ambitieux programme d’importation d’un million de moutons. Cette opération logistique exceptionnelle, lancée par le gouvernement pour sécuriser l’approvisionnement du marché et maîtriser les prix, mobilise des moyens considérables : neuf pays fournisseurs, plusieurs ports, aéroports et même des avions cargos.
Un défi logistique sans précédent en Afrique du Nord
L’Algérie a choisi une stratégie offensive pour éviter la crise d’approvisionnement traditionnelle qui caractérise les périodes précédant l’Aïd El-Adha. Jusqu’au samedi 23 mai, près de 998 750 têtes avaient déjà été déchargées ou étaient en route vers les installations algériennes. Le ministère de l’Agriculture a communiqué sur la mise à disposition de quotas supplémentaires via la plateforme « Adhahi », alimentés par les commandes annulées ou non retirées à temps.
Cette approche centralisée contraste fortement avec les pratiques antérieures, où l’importation était laissée aux mains du secteur privé, générant volatilité et renchérissement. En fixant le prix à 50 000 dinars algériens (bien en dessous des tarifs de marché), les autorités tentent de protéger le pouvoir d’achat des familles modestes au Maghreb et en Afrique de l’Ouest francophone.
L’arrivée spectaculaire du Mawashi Express
Pour boucler l’opération avant l’Aïd, les autorités attendaient ce dimanche 24 mai l’arrivée d’un navire géant au port de Djen Djen (Jijel) : le Mawashi Express, en provenance de Constanta (Roumanie). Ce bétailleur panaméen transporte à lui seul 82 500 moutons, la plus importante cargaison depuis le début du programme.
Le navire impressionne par ses dimensions : 191 mètres de longueur et 33 mètres de largeur. Spécialisé dans le transport d’animaux, il fait partie des plus gros bétaillers mondiaux. Son arrivée en urgence illustre la complexité logistique : la fenêtre de trois jours restants avant l’Aïd impose une synchronisation quasi militaire entre transports maritimes, dédouanement et distribution.
Une stratégie économique avec implications régionales
Cette opération révèle les tensions économiques du Maghreb autour des fêtes religieuses. Pour l’Algérie, principal importateur régional de viande ovine, le contrôle des prix est devenu un enjeu politique stratégique face à l’inflation alimentaire. La décision du président Abdelmadjid Tebboune, prise en mars dernier, reflète cette préoccupation gouvernementale.
Les fournisseurs choisis témoignent de la géographie commerciale complexe : Roumanie, Espagne, Brésil, Uruguay, Croatie, Hongrie, Géorgie, Irlande et Syrie. Cette diversification géographique réduit la dépendance envers un seul partenaire, mais elle augmente aussi les coûts de transport et les risques sanitaires. Les avions cargos, utilisés pour les importations depuis la Hongrie et l’Irlande, représentent un surcoût majeur compensé par l’urgence calendaire.
Points clés à retenir
- 998 750 moutons déchargés ou en transit jusqu’au 23 mai, très proche de l’objectif d’un million
- Neuf pays fournisseurs engagés pour garantir les volumes demandés
- Prix plafonnés à 50 000 dinars algériens, représentant une compression significative du coût de marché
- Le Mawashi Express apporte 82 500 têtes en urgence, la plus grosse cargaison unique
- Plateforme électronique « Adhahi » chargée de la distribution et allocation des quotas
- Deuxième année consécutive de ce programme d’importation massive
- Combinaison de transport maritime et aérien pour respecter les délais
- Enjeu politique majeur : maîtriser l’inflation alimentaire durant les fêtes religieuses
Cette mobilisation gouvernementale témoigne de la place centrale de l’Aïd El-Adha dans le calendrier économique et social algérien. Au-delà de l’aspect religieux, l’importation massive de moutons est devenue un test de crédibilité des politiques publiques face à la gestion des prix essentiels.