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Colonies de vacances pour la diaspora : le pari algérien pour retenir ses enfants nés à l’étranger

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un lycée de mathématiques perché sur les hauteurs d’Alger, à Kouba. C’est là, ce dimanche 19 juillet, qu’a été donné le coup d’envoi d’un programme dont le nom sonne comme une brochure touristique mais dont l’ambition est autrement plus politique : les « Summer Camp 2026 ». Sofiane Chaïb, secrétaire d’État chargé de la Communauté nationale à l’étranger, présidait la cérémonie au lycée « Mohand-Mokhbi ». Objectif affiché : faire redécouvrir l’Algérie aux enfants de sa diaspora, âgés de 8 à 16 ans.

Derrière l’intitulé anglophone un brin surprenant pour une initiative aussi identitaire, il y a une préoccupation que connaissent bien toutes les grandes diasporas : que reste-t-il du pays d’origine quand on est né et qu’on grandit à Marseille, à Bruxelles ou à Montréal ?

Deux sessions, quatorze wilayas, une même idée fixe

La première session court jusqu’au 30 juillet. Une seconde suivra du 2 au 13 août. Au menu, selon le communiqué du ministère des Affaires étrangères : des classes d’enseignement doublées d’activités pédagogiques, culturelles et de loisirs. Le programme se déploie dans quatorze wilayas — Chlef, Béjaïa, Biskra, Tlemcen, Tiaret, Alger, Jijel, Sétif, Skikda, Annaba, El Bayadh, El Oued, Khenchela et Aïn Témouchent. Et Sofiane Chaïb l’a précisé : d’autres wilayas rejoindront le dispositif lors des prochaines éditions.

Le vocabulaire officiel ne laisse aucun doute sur l’intention. Il s’agit de « renforcer les liens des enfants de la communauté avec leur patrie d’origine », de « consolider leur identité nationale et culturelle » et de « promouvoir les différentes composantes de leur patrimoine linguistique, historique, culturel et religieux ». Traduction : on ne veut pas seulement que ces enfants visitent l’Algérie. On veut qu’ils s’y reconnaissent.

Le calcul est simple. Les vacances d’été sont, pour des centaines de milliers de familles binationales, le moment où l’on rentre « au bled ». Chaïb a insisté sur ce point : autant transformer ce séjour, souvent cantonné à la famille et à la plage, en une expérience formative. L’idée n’est pas absurde. Elle est même astucieuse.

Pourquoi ce sujet dépasse la simple colo

Il faut le dire : ce genre d’initiative n’a rien d’inédit dans l’histoire des diasporas. Israël a construit tout un dispositif autour du programme Taglit-Birthright, qui offre depuis les années 2000 des séjours découverte aux jeunes juifs de la diaspora. La Turquie, l’Arménie, l’Irlande, la Chine ont chacune leurs propres versions du « retour aux sources » organisé. L’Algérie arrive tard sur ce terrain, mais elle arrive avec un atout considérable : le poids économique et humain de sa communauté à l’étranger.

Car ne nous y trompons pas — l’enjeu n’est pas que sentimental. La diaspora algérienne, l’une des plus nombreuses au monde, représente un flux financier majeur pour le pays. Les transferts de fonds des Algériens de l’étranger se comptent en milliards de dollars chaque année, souvent par des canaux informels d’ailleurs. Fidéliser les jeunes générations, c’est aussi, à long terme, préserver ce lien économique. Un enfant qui garde un attachement réel à l’Algérie est un adulte qui continuera d’y investir, d’y envoyer de l’argent, peut-être d’y revenir.

Le président Abdelmadjid Tebboune l’a d’ailleurs formulé de façon plus explicite lorsqu’il a appelé à intégrer les scientifiques de la diaspora dans les choix stratégiques du pays. La logique est cohérente : d’un côté, on cible les compétences de haut niveau ; de l’autre, avec ces camps d’été, on plante les graines très en amont, chez des enfants de huit ans.

Le vrai test viendra plus tard

Reste la question qui fâche un peu. Une colonie de vacances, aussi bien pensée soit-elle, suffit-elle à ancrer une identité ? L’expérience des autres pays montre que ces programmes fonctionnent surtout lorsqu’ils s’inscrivent dans la durée et qu’ils rencontrent une demande réelle, pas seulement une volonté d’en haut.

Sur ce point, Sofiane Chaïb a évoqué un intérêt marqué de la communauté. C’est plausible. Beaucoup de familles installées en France, en Belgique ou en Suisse cherchent activement des moyens de transmettre à leurs enfants une langue, une histoire, un rapport au pays que la vie quotidienne à l’étranger tend à diluer. Pour ces parents, un séjour encadré mêlant apprentissage et découverte peut répondre à un vrai manque. Encore faudra-t-il que la qualité pédagogique soit au rendez-vous et que le dispositif tienne dans le temps, au-delà de l’effet d’annonce d’une première édition.

Il y a aussi une dimension à ne pas négliger : ces enfants ne débarquent pas vierges de tout. Ils portent une double culture, parfois une distance critique vis-à-vis du pays de leurs parents. Un programme trop centré sur le discours identitaire officiel pourrait sonner faux à des adolescents habitués à l’esprit critique de leurs sociétés d’accueil. Le succès dépendra donc de la capacité des organisateurs à proposer une Algérie vécue, concrète, plutôt qu’une Algérie récitée.

Pour l’heure, le programme démarre, modeste dans son périmètre mais ambitieux dans son intention. Quatorze wilayas cet été, davantage demain. On saura dans quelques années si ces « Summer Camp » auront été un simple été de plus au bled — ou le début d’un lien qui tient.

Jean Claude Convenant